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Le Défi Cubain
Jean Solbès
2ème
partie
DEUXIEME PARTIE
LA VIE A CUBA
I
Les structures de l'Etat cubain
LA CONVENTION DE 1976
Cuba est régie par la constitution de 1976 qui
définit le pays comme un Etat socialiste. La Parti
communiste est le seul parti légal. Le pouvoir
législatif est exercé par l'Assemblée
nationale populaire (510 membres élus pour cinq ans
au suffrage universel), qui élit le conseil d'Etat.
Ce dernier est formé par un président, un
premier vice-président et cinq autres
vice-présidents. L'Assemblée nomme
également un Conseil des ministres, principal corps
administratif.
Les 14 provinces de Cuba se divisent en 169
municipalités, chacune possédant une
assemblée qui nomme les comités
exécutifs, dont les membres forment les cinq
assemblées régionales de chaque province.
au-dessus se trouve l'assemblée provinciale,
également dirigée par un comité
exécutif. Le comité contrôle les
fonctions administratives quotidiennes de son
assemblée. L'administration de l'île de la
Jeunesse est, quant à elle, directement
contrôlée par le gouvernement central.
Le pouvoir judiciaire est exercé, à
l'échelon national, par la Cour suprême
populaire, par les Cours de justice, et par les Cours
municipales.Des tribunaux révolutionnaires sont
convoqués pour juger les crimes contre l'Etat.
L'armée cubaine, largement équipée
par l'Union Soviétique, est très importante
par rapport à la population et compte, grâce
à un service militaire de trois ans, des effectifs
estimés à plus de 162 000 hommes. Les
forces cubaines sont intervenues dans plusieurs pays
africains pendant les années 1970 et 1980 (de 1975
à 1989 en Angola et de 1978 à 1990 en
Ethiopie). Les etats-Unis gardent une base navale dans la
baie de Guantanamo en raison d'une concession
illimitée qui leur fut accordée en 1903 et
renouvelée en 1934.
LE CONSEIL D'ETAT
Le Conseil d'Etat est élu par les membres de
l'Assemblée nationale et représente
l'Assemblée entre deux sessions. Il comprend un
président, un premier vice-président, cinq
vice-présidents, un secrétaire et vingt-trois
autres membres. Son mandat prend fin quand une nouvelle
assemblée prend ses fonctions Toutes les
décisions sont adoptées à la
majorité et il rend compte de son travail devant
l'Assemblée nationale.
La fonction la plus importante du Conseil est de voter
les décrets-lois entre deux sessions de
l'Assemblée. Le Conseil dispose également du
pouvoir de suspendre les décisions du Conseil des
ministres qui ne « seraient pas en accord avec la
constitution », mais aussi de donner des
instructions au ministère de la Justice, de nommer et
de révoquer les ambassadeurs, d'accorder ou de
suspendre la représentation diplomatique de pays
étrangers à Cuba.
Le président du Conseil est le chef de l'Etat et
le chef du gouvernement. Les 31 membres du conseil ont
été élus en février 1998 pour
cinq ans, après les élections
législatives.
En pratique, le Conseil d'Etat est une institution
plutôt formelle qui se réunit rarement et
n'exerce pas un pouvoir au jour le jour. Seulement huit de
ses membres disposent de fonctions liées à des
secteurs-clé de la structure du pouvoir. Ce sont le
président Fidel Castro, son frère Raul et les
cinq vice-présidents, et même José
Manuel Miyar Barruecos, qui est secrétaire du Conseil
depuis près de vingt ans. De l'avis d'observateurs
extérieurs, l'instance qui dirige le pays reste le
Bureau politique du Parti communiste cubain, fort de
vingt-quatre membres, en liaison avec le Conseil des
ministres, qui gère les affaires du pays. Onze
membres du Bureau politique sont membres du Conseil d'Etat
et cinq sont membres du Conseil des ministres.
Les membres du Conseil d'Etat ne sont pas seulement
choisis en fonction de leur mérite personnel, mais
aussi selon la représentativité du secteur
économique ou social ou géographique qu'ils
personnifient. Ainsi, Maria Caridad Abreu et Regla Martinez
ont été choisies en raison de leurs fonctions
municipales qui les lient aux organes locaux du
« pouvoir populaire ». Leur
présence constitue aussi un renforcement de la
présence des femmes au sein du Conseil. Conrado
Martinez représente la structure provinciale de la
capitale et appartient aux cadres du Parti, qui fut,
paraît-il, négligé, car le
système a accordé davantage de
responsabilités aux technocrates et aux
professionnels. Caridad Diego représente la structure
interne du comité central du Parti. En tant que
responsable du département des affaires religieuses
au Comité central, elle a joué un rôle
important dans l'organisation de la visite de Jean-Paul II,
qui reste pour la presse américaine, comme
« un grand succès de relations publiques
pour Cuba ».
Otto Rivero et Carlos Velnciaga, qui furent tous deux
félicités publiquement par Fidel Castro,
illustrent la nouvelle génération des jeunes
dirigeants issus des organisations de masse, alors que Juan
Contino dirige la plus importante organisation, les
Comités de défense de la Révolution.
Pendant des années, il fut le second de l'actuel
ministre des Affaires étrangères. Roberta
Robaina, à la tête des Jeunesses communistes,
José Luis Rodriguez, qui occupe le poste-clé
de ministre de l'Economie, et Salvador Valdes Mesa, ministre
du Travail, sont issus de la
« génération
intermédiaire ».
Le ministre de l'Industrie, Marcos Portal, proche de
Fidel Castro, fut un dirigeant de la Jeunesse communiste
durant les années soixante. De l'avis
général, il représente un
élément-clé dans le champs des
réformes économiques. Son assistant pour le
secteur pétrolier, Marcos Aguilera, est nouveau au
sein du Conseil. Le ministre de la Justice, Roberto Diaz
Sotolongo, s'est impliqué dans la lutte contre le
trafic de drogue et la concrétisation des
traités dans ce domaine.
Felipe Perez, l'un des plus jeunes membres du
gouvernement, est un proche de Fidel Castro depuis sept ans
et fait partie du cercle rapproché, appelé
l'Equipe de coordination et de soutien au Commandant en
chef. il a accompagné Fidel Castro dans la plupart de
ses voyages à l'étranger.
Sergio Corrieri, un acteur très connu, et Roberto
Fernandez Retamar, président de la maison
d'édition Casa de las Americas (Maison des
Amériques), représentent les intellectuels et
les orientations culturelles de l'île au sein du
Conseil.
Le seul renouvellement à la vice-présidence
fait suite au décès de Carlos Rafaël
Rodriguez, l'un des membres les plus influents après
les frères Castro.
Le nouveau venu, José Ramon Machado Ventura, est
un héros de la Révolution qui a rejoint les
troupes rebelles avant la victoire de la Révolution.
Son âge avancé en fait davantage une caution
morale et historique plutôt qu'un homme de transition
au sein du Conseil.
COMPOSITION DU CONSEIL
D'ETAT
Président :
Fidel Castro Ruz (PB), premier secrétaire du
Comité central du PC, président du Conseil des
ministres
Premier vice-président :
Raul Castro Ruz (PB), second secrétaire du PC,
premier vice-président du Conseil des ministres.
Vice-présidents :
Juan Almeida Bosque (PB), commandant de la
Révolution
Corps Gen, Abelardo Colomé Ibarra (PB), ministre
de l'Intérieur
Carlos Large Davila (PB) , vice-président du
Conseil des ministres
José Ramon Machado Ventura (PB), chef de
l'Organisation du PC
Esteban Lazo Hernandez (PB), premier secrétaire du
PC à La Havane
Secrétaire :
José Miguel Miyar Barrueco
Membres :
Pedro Miret Prieto (PB) vice-président du Conseil
des ministres
José Ramon Balaguer Cabrera (PB), responsable du
Département des relations internationales et des
questions idéologiques du PC
Vilma Espin Guillois, présidente de la
Fédération des femmes cubaines
Armando Hart Davalos, directeur des programmes
José Marti
Orlando Lugo Fonte, président de l'Association
nationale des petits fermiers
Felipe Ramon Perez Roque, conseiller de Fidel Castro
Marcos Portal Leon (PB), minstre des Industries
Pedro Ross Leal (PB), secrétaire
Rosa Elena Simeon Negrin, ministre des Sciences et
Technologies
Nouveaux membres :
Sergio Corrieri Hernandez, président de l'Institut
des amitiés cubaines
Roberto Diaz Sotolongo, ministre de la Justice
José Luis Rodriguez Garcia, ministre de
l'économie et du plan
Caridad del Rosario Diego Bello, responsable des affaires
religieuses au PC
Salvador Antonio Valdès Mesa, ministre du Travail
et de la Sécurité sociale
Roberto Fernandez Retamar, président de la Maison
des Amériques
Regla Martinez Herrera, président des Quartiers
populaires de La Havane
Maria Caridad Abreus Ruiz, président de
l'Assemblée municipale de La Palmira, province de
Cienfuegos
Conrado Martinez Corona, président de
l'Assemblée municipale de La Havane
Julio Casas Regueiro (PB), Gen. Div., ministre adjoint
des Forces armées révolutionnaires
Otto Rivero Torrès, premier secrétaire des
Jeunesses communistes
Juan Contino Aslan, coordinateur national des
Comités pour la défense de la
Révolution (CDR)
Marcos Raul Aguilera Gueton, directeur de la Compagnie
nationale des pétroles
Carlos Manuel Valenciaga Diaz, président de la
Fédération des étudiants
LES COMITES DE DEFENSE DE LA
REVOLUTION
Jorge Desperes est responsable du département
international des Comités de défense de la
Révolution.
« Les CDR ont été
créés au début de la Révolution.
Nous sommes une organisation indépendante du PC, avec
notre financement propre qui dépend en grande partie
des cotisations de nos adhérents. Tout cubain
âgé de 14 ans peut adhérer au CDR si son
idéal est de défendre la Révolution.
Actuellement, notre organisation compte 7,5 millions de
membres avec la caractéristique d'être
très hétérogène. Il y a de
nombreux jeunes, des moins jeunes et des personnes
âgées. Nous avons des femmes au foyer, des
salariés qui se rassemblent sur la base du quartier
pour faire vivre les idées de la
Révolution.
« Nous sommes aussi organisés avec une
structure nationale, la coordination nationale des CDR, dont
le siège est à La Havane. Nous avons ensuite
une coordination provinciale dans les 14 provinces, puis une
coordination municipale dans 179 villes, et enfin la
structure fondamentale de notre organisation, les
comités de quartiers. C'est donc une structure
pyramidale qui repose sur l'intervention à la base.
Nos comités de base se réunissent en principe
tous les deux mois afin de discuter les problèmes qui
se posent dans le quartier. Par exemple, nous intervenons
pour responsabiliser les gens afin de donner leur sang en
coopération avec le ministère de la
Santé publique. Mais notre activité n'est pas
uniquement tournée vers les problèmes de
société. Nous avons aussi une activité
politique puisque nous discutons les textes et les
orientations de notre mouvement avant notre Congrès
qui se déroule tous les cinq ans et qui aura lieu du
26 au 28 septembre 1998.
« Egalement, nous attachons une attention
particulière à la vigilance
révolutionnaire, afin de veiller sur les
intérêts de l'Etat, notamment des
édifices publics qui sont la propriété
de l'Etat, c'est à dire de la population. Il s'agit
par exemple de prévenir tout acte de sabotage, de
dégradation ou de vol dans une
propriété publique. De tels délits sont
peu fréquents. Notre système de vigilance
populaire s'applique également à la
propriété individuelle.
« Nous organisons une surveillance des sites
stratégiques et des quartiers pendant la
journée, mais l'action s'intensifie de 22 heures
à 5 heures du matin. Ce sont des
cédétistes qui circulent dans les quartiers.
Ce sont des civils qui ne sont pas armés ; en ce
sens, ce n'est pas une milice, ils ne portent pas
d'uniformes. En fait, nous travaillons en relation avec la
police et la garde cédétiste joue avant tout
un rôle de prévention.
« Parmi nos activités figurent aussi la
récupération de matériaux de base, tels
les cartons, le papier, l'aluminium, le fer, qui peuvent
être recyclés, cela afin de pallier le manque
d'approvisionnement de notre économie. Toujours pour
soutenir l'économie cubaine, nous organisons la
mobilisation de nos adhérents pour aller aider
à la récolte de la canne à sucre.
Durant la période de la coupe de la canne, nous
partons tous les dimanches à la campagne pour
participer aux travaux. Nous faisons la même chose
avec le tabac. Ces travaux sont bénévoles ,
avec l'unique perspective d'améliorer notre rendement
économique et de participer à l'effort
national pour notre pays. Nos adhérents qui
participent à ces travaux ne sont pas
rémunérés, ni en argent ni en nature.
Tout le monde peut venir travailler, garçons ou
filles, sans aucune distinction de sexe, la seule condition
que nous mettons reste la défense de la
Révolution.
« Dans cette perspective, nos tâches sont
multiples. Nous collaborons aussi au travail d'information
de la population sur l'histoire de la Révolution,
mais également sur ses avancées et ses besoins
d'aujourd'hui. Nous apportons alors des explications afin
que la population comprenne bien les orientations du
gouvernement, notamment en matière d'impôts,
car l'Etat ne peut pas tout supporter sans contrepartie.
« L'économie cubaine se trouve
actuellement en phase de récupération
après les terribles dernières années.
Avant la disparition du bloc des pays socialistes et
l'intensification du blocus américain, nous n'avions
pas besoin d'ouvrir notre économie aux capitaux
étrangers ni d'augmenter le nombre de touristes
à Cuba. C'est vrai que, depuis lors, nous avons vu
apparaître des inégalités, notamment
parce qu'un groupe de la population avait accès aux
devises étrangères. Par exemple, les Cubains
qui ont de la famille à l'étranger
reçoivent des dollars. et avec la
dépénalisation, le dollar peut circuler
librement. De sorte que ceux qui ont accès aux
devises ont accès à des biens mais aussi
à des endroits que ne peuvent se payer les Cubains
qui ne possèdent pas de dollars.
« L'inégalité sociale est aussi
engendrée par des entreprises qui ont mis en pratique
un système de stimulation qui n'est pas
généralisé. De sorte qu'il existe
effectivement une inégalité, mais qui reste
localisée, peu importante puisque la santé et
l'école sont gratuites tout comme les services
sociaux. Nous avons ensuite vu apparaître un
phénomène social que nous ne connaissions pas
comme la Jinetera qui est une prostituée. Mais si le
phénomène reste limité par rapport
à notre jeunesse, il n'en affiche pas moins une image
négative pour Cuba.
« En tant que CDR , nous participons avec
d'autres organisations à la lutte contre ces
phénomènes nouveaux. C'est avant tout un
travail de prévention. Nous allons voir la famille,
mais aussi les filles qui se prostituent. Mais nous sommes
très durs avec ceux qui organisent la prostitution.
Nous avons analysé ce phénomène afin
d'en comprendre les causes et de dégager des
propositions visant à le résorber. D'autant
que ce phénomène s'est développé
ces quatre ou cinq dernières années.
« Ce travail d'adaptation au
développement de notre société
s'inscrit dans notre démarche. Bien sûr, nous
sommes convaincus que nous devons être plus
dynamiques, plus inventifs, avec le souci d'attirer les
jeunes. Mais nous sommes aussi convaincus que notre
organisation, forte de nos adhérents, joue un
rôle fondamental dans la société
cubaine. Nous pensons que l'avenir ne peut être que
révolutionnaire et combatif. Ce sera l'objet de notre
prochain Congrès pour lequel nous discutons
énormément afin de trouver ensemble les
meilleurs moyens pour renforcer notre Révolution et
améliorer notre société. Avec la
variété de nos activités, nous jouons
un rôle vital pour la Révolution, rôle
qui est renforcé par le caractère massif de
notre mouvement. C'est du reste la plus importante
organisation de masse de Cuba dans laquelle se retrouve la
diversité de notre
société. »
A
suivre.........
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