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Le Défi Cubain

Jean Solbès

2ème partie

DEUXIEME PARTIE

LA VIE A CUBA

 

2

La vie économique

AGRICULTURE

Comme le reste de l'économie cubaine, l'agriculture manque de diversification, et les deux grandes réformes agraires engagées sur fond de Révolution castriste en 1959 et en 1963 n'ont pas permis une augmentation suffisante de la production alimentaire. Cuba est l'un des principaux producteurs de sucre du monde. au début des années 1990, la récolte annuelle de canne à sucre s'élevait à environ 70 millions de tonnes et la production de sucre non raffiné était d'environ 6 millions de tonnes. Cependant, celle-ci devait chuter à 4,2 millions de tonnes en 1993. Vient ensuite le tabac, majoritairement cultivé à l'ouest et au centre-ouest, et dont la récolte (50 000 tonnes par an) sert en grande partie à la fabrication de cigares de réputation mondiale. Les autres productions agricoles sont le café, les agrumes, les ananas, les mangues, le riz, le maïs et les cultures maraîchères. Le bétail représentait environ 5 millions de têtes au début des années 1990.

L'abattage incontrôlé a peu à peu réduit les zones boisées qui ne représentent plus que 8% de la superficie de l'île en 1960. Cependant, un programme de reboisement a permis de faire remonter ce chiffre à 20% à la fin des années 1980. On abat environ 3,25 millions de m3 de bois par an, la récolte portant surtout sur les bois durs. Enfin, des pêcheries très modernes ont été implantées et, outre les 200 000 tonnes de poissons pêchés chaque année, Cuba est un grand producteur et exportateur de langoustes.

MINES ET INDUSTRIES

L'extraction minière, qui a subi un fort déclin en 1959, concerne essentiellement le nickel (40 000 tonnes par an), le cuivre (3 000 tonnes), le manganèse, le chrome et zinc. Cuba exploite également du sel, du cobalt, de la pierre, du pétrole et du gaz naturel.

Les principales productions industrielles sont le ciment (3 millions de tonnes par an), les engrais (1 million de tonnes), le papier, le pétrole raffiné, le caoutchouc, les dérivés du tabac, les produits alimentaires transformés et le textile. Les industries légères progressent lentement et leur production est encore insuffisante.

L'électricité de l'île est essentiellement produite dans des usines thermiques utilisant les produits pétroliers, le charbon ou les résidus de canne à sucre.

ECHANGES

Toutes les banques cubaines ont été nationalisées en 1960.

Le sucre et ses produits dérivés représentent environ 75% des exportations du pays, suivis par le tabac, les minerais, les produits alimentaires et les produits pétroliers. Les principales importations sont les produits alimentaires, les combustibles, les matières premières industrielles et le matériel de transport. Les Etats-Unis, autrefois principal partenaire commercial de Cuba, ayant déclaré un embargo total sur les échanges commerciaux entre les deux pays en 1960, l'île s'est tournée vers les pays du bloc communiste, à commencer par l'URSS. des échanges sucre-pétrole faisaient de Moscou le premier fournisseur en pétrole de l'île et le principal débouché pour le sucre cubain. Depuis le début des années 1990, le poids des pays du CAEM dans le commerce extérieur de Cuba a nettement diminué au profit des voisins latino-américains, avec lesquels l'île effectue près de la moitié de ses échanges, contre 7% seulement en 1990. Dans le même temps, Cuba s'efforce de renforcer ses liens commerciaux avec les pays de l'Union européenne. En 1993, ses importations s'élevaient à 2,3 milliards de dollars et ses exportations rapportaient environ 2,2 milliards de dollars.

Au milieu des années 1990, Cuba comptait environ 47 000 km de routes. la compagnie nationalisée des chemins de fer exploite 12 655 km de voies, dont 62% desservent les raffineries et les plantations de sucre. L'Empresa Cubana de Aviacion, la compagnie aérienne nationale, exploite des liaisons domestiques et internationales.

ECONOMIE

Lorsque les industriels américains regardent Cuba, ils voient un pays en lutte économique mais qui possède un réel potentiel de croissance.

Revenu par habitant du PNB en 1996

Costa Rica

5500 $

Panama

5300 $

République Dominicaine

3670 $

Jamaîque

3260 $

Salvador

1480 $

Cuba

1480 $

 

Pourcentage de commerce dans le PNB

Jamaîque

50 %

Salvador

41 %

Costa Rica

40.4 %

Cuba

34.6 %

République Dominicaine

28.2 %

Panama

22 %

Après la disparition du bloc soviétique, Cuba a connu en effondrement économique. ce fut le commencement de « la période spéciale » caractérisée par une baisse catastrophique du niveau de vie, mettant même en cause des secteurs symboliques de la société comme l'éducation et la santé. Pour faire face à cette situation, les responsables cubains se sont ouverts aux investissements étrangers avec la création d'entreprises mixtes dont le gouvernement cubain possède 51% des actions, et surtout ils ont relancé l'industrie du tourisme d'une façon inconnue jusqu'alors.

Cette restriction économique engendra des effets pervers dont une progression importante du chômage avec le licenciement de 300 000 à 500 000 salariés de grandes entreprises d'Etat obligées de s'arrêter, de même que la mise en veilleuse de la plupart des petites entreprises faute de moyens suffisants puisque la majorité des devises disponibles étaient consacrées aux secteurs rentables à court terme. Parallèlement, le travail au noir se développe, tout comme la quête du dollar, seul capable de compenser la perte du niveau de vie. Avec la relance d'un tourisme de masse, la prostitution se développe, tout comme divers trafics dont la drogue. Aujourd'hui, la situation s'améliore, tous les Cubains le remarquent, même si la vie demeure difficile et frugale.

La dernière période reste caractérisée par une reprise sectorielle de l'économie. Au troisième trimestre 1997, la croissance a progressé de 2,5%, de sorte que la croissance annuelle se stabilisait entre 4 et 5%. Cela représente un gain de 2% sur les prévisions.

La promulgation de la loi Helms-Burton s'est fait durement ressentir en faisant pression sur l'accès au crédit international. Cuba a ainsi perdu l'accès aux financements qui soutenaient depuis peu la culture sucrière, les industries des combustibles et la production alimentaire. Avant la dernière récolte, Cuba devait recevoir plus de 200 millions de dollars de financements extérieurs. L'impossibilité d'y avoir accès paralysa le début des récoltes pour les deux tiers de la production. de la même façon, le rythme des négociations avec les entreprises étrangères a pris du retard suite aux pressions américaines. Pour comble de malchance, le cyclone Lili a durement frappé Cuba, notamment dans les plantations de cannes à sucre et de bananes dans huit provinces, alors que ce type de culture nécessite de dix mois à un an pour se renouveler. Le coût de cette catastrophe fut estimé à 800 millions de dollars.

Les conditions météorologiques de 1996-1997, marquées par la quasi inexistence de l'hiver, ont eu un effet négatif sur les cultures de la « papaye » avec l'apparition de parasites qui, de l'avis des autorités cubaines, ont été délibérément largués sur les cultures par les ultras de Floride, comme cela s'est produit régulièrement par le passé.

Malgré les difficultés rencontrées en 1996, certains succès ont été enregistrés par l'économie cubaine puisque, malgré la loi Helms-Burton, plus de 80 associations avec des capitaux étrangers ont été réalisées. Les observateurs sur le terrain ont noté une meilleure efficacité dans les nouvelles entreprises et que, dans le même temps, le tourisme s'est adapté aux exigences du marché international avec une amélioration de la qualité des prestations offertes et une concurrence plus marquée entre les différents groupes hôteliers.

En 1997, la production énergétique s'est améliorée pour la première fois depuis le début de la phase de récupération avec une croissance de 2% de la consommation énergétique. La production pétrolière a également progressé avec la perspective de mise en chantier de nouveaux sites d'exploitation. Toujours en 1997, le nombre de touristes a progressé de 18%, les productions nationales pour le tourisme, les productions nationales pour le tourisme et le marché en devises devaient croître de 60%. L'industrie légère a connu un accroissement de 4,1%, le secteur alimentaire a progressé de 6%, tout comme la construction de 10% et la mécanique de 17%. La production de nickel a connu une progression de 17% avec 60 000 tonnes. le secteur du tabac a connu un succès particulier, à la fois au niveau de la production et des exportations, voyant ses revenus augmenter de 66%. L'industrie de la pêche poursuit ses efforts de modernisation et de mise aux normes internationales tout en développant l'aquaculture afin d'accroître les exportations après que la capture de poissons ait progressé de 14%. Afin de relancer la production, les autorités ont mis en place un programme de modernisation des centrales électriques avec une unité de 250 mégawatts à Feston et la production d'électricité à partir du gaz naturel pour la première fois à Cuba.

dans le secteur du tourisme, plus de 3 000 chambres ont été construites en 1997 avec la réalisation en cours d'un nouveau complexe à La Havane qui devrait tripler les capacités d'accueil. Le centre touristique de Varadero doit également s'agrandir, avec la modernisation des infrastructures électriques, d'approvisionnement en eau et en traitement des eaux usées. Celle-ci s'effectue dans les zones touristiques, mais aussi dans le centre historique de La Havane actuellement en rénovation.

Un programme de construction de 45 000 logements, représentant une progression de 7,8% par rapport à l'année précédente, fut mis en route. les responsables cubains notent toutefois que ce programme reste très insuffisant par rapport à la demande de la population.

Dans l'agriculture, la recherche de l'efficacité et de l'augmentation des rendements est une priorité. pour cela, les autorités poursuivent la modernisation des infrastructures mais aussi la construction de nouveaux réseaux d'irrigation avec la construction de nouvelles retenues d'eau.

Le secteur de la santé a aussi profité du léger mieux économique avec la rénovation de plusieurs hôpitaux et l'ouverture de nouveaux services. Plusieurs hôpitaux sont en construction à Pinar del Rio, Ciego de Avila et à Holguin, avec une priorité en faveur des services d'urgences. Avec la mise en place de la dualité monétaire, le système bancaire a dû être modernisé. *CC'est un processus de longue haleine afin d'établir un réseau bancaire national afin de faciliter les crédits en devises convertibles pour les entreprises locales. Aujourd'hui, le système bancaire est automatisé, permettant désormais de traiter les transactions bancaires en temps réel comme c'est le cas dans les pays développés.

Cependant, malgré ces progrès indéniables, il existe toujours des insuffisances et des dysfonctionnements de l'économie qui limitent la revitalisation économique. Comme l'a souligné la résolution économique du dernier Congrès du Parti communiste cubain, il existe « un contrôle interne insuffisant lié à une comptabilité déficiente en relation avec la pratique perverse d'aligner des chiffres ou des plans sans en estimer réellement les coûts ni exiger la qualité, avec la tendance à prendre des décisions qui parfois ne correspondent pas aux intérêts des différents secteurs économiques ». en fait, la résolution a posé la question de la bureaucratie et de ses freins sur la revitalisation de l'économie cubaine.

Le sentiment « d'assiégé perpétuel » face au blocus américain a également conforté le comportement insulaire des Cubains. Avec l'aide économique soviétique, Cuba pouvait ignorer les flux financiers du marché capitaliste international. ce n'est plus le cas aujourd'hui, avec la disparition de l'Union Soviétique. Durant la période spéciale, le régime cubain dut s'arc-bouter et résister de toutes ses forces pour éviter l'effondrement économique. Dès lors, Cuba a réalisé l'influence du commerce extérieur sur le processus de revitalisation de l'économie nationale afin de remplir le vide laissé par la disparition du bloc soviétique. La Havane a ainsi opéré une très importante diversification de ses relations commerciales et diplomatiques.

Si la base légale des associations d'entreprises avec des pays étrangers existait déjà en 1982, ce n'est qu'en 1992 que l 'Assemblée nationale a voté les réformes constitutionnelles nécessaires à l'apport de capitaux étrangers, permettant la restructuration du commerce extérieur, tout comme la recherche de capitaux, de technologies et de nouveaux marchés.

En dépit de certains succès avec plusieurs pays latino-américains et européens, sans oublier le Canada, la pression constante des Etats-Unis a obligé les dirigeants cubains à s'engager dans la voie de la normalisation de la situation financière du pays. Cuba a donc dû continuer de se tourner vers des financements à court terme, dont les coûts exorbitants pèsent lourd sur le rythme de la reprise économique, faisant naître des tensions très vives dans certains secteurs toujours fragilisés. N'oublions pas que le pays a subi un choc terrible avec la disparition brutale de 75% de ses importations.

Principale richesse du pays, la production sucrière s'effondra, passant de 7 millions de tonnes à 3,3 millions de tonnes. Cela entraîna une perte importante de revenus en devises, de pair avec une baisse de la production alimentaire et des biens de consommation. De là grandit l'idée de transformer les structures et le fonctionnement de l'économie. Il fut décidé d'impulser le tourisme comme secteur moteur capable de générer des devises afin de relancer d'autres secteurs économiques dans un mouvement plus vaste appelé « réanimation » de l'économie. C'est dans ce contexte de grande difficulté que les autorités se prononcèrent en faveur de la dépénalisation de l'utilisation du dollar, de l'assouplissement du fonctionnement coopératif dans les grandes fermes d'Etat, de la réforme du système bancaire, et de facilités pour l'installation de travailleurs indépendants. La dollarisation des secteurs économiques porteurs, tels le tourisme et le commerce extérieur dans son ensemble, a évité les risques de dévaluation monétaire qui aurait anéanti les nouveaux efforts intégrés dans la dernière période.

Mais comme le rappelle le rapport économique du dernier Congrès du Parti communiste cubain (octobre 1997), la dualité monétaire a engendré des effets pervers dont une différence de revenus, source d'inégalités sociales. elle a également posé la question de la rémunération du travail puisqu'un médecin et un professeur gagneront moins qu'un portier d'hôtel qui a accès aux dollars, ne serait-ce que par les pourboires. En mettant l'accent sur l'efficacité du travail et la motivation des salariés, les responsables cubains ont également soulevé la question du salaire acquis, quelle que soit l'attitude du salarié qui ne sera pas confronté à la menace du chômage. Ce qui explique certains comportements bureaucratiques inefficaces, mais aussi parfois le faible rendement du travail. dans ce domaine, le système capitaliste n'est pas non plus sans reproches. Mais dans ce cas, la notion de profit l'emporte. Ainsi, un fonctionnaire français qui se donne à fond dans son travail, mettant en avant des pratiques innovantes, ne recevra pas un centime de plus sur son salaire. Dans le secteur privé, les patrons, notamment en province, accordent des salaires dérisoires, exigeant un rendement maximum sous peine de licenciement.

C'est là toute la différence avec le processus cubain puisque le système capitaliste stipule que l'efficacité économique implique l'exploitation des individus. La notion de profit maximum devient alors la justification du développement économique. conscients de leurs lacunes en matière de gestion, notamment après des années de tutelle soviétique qui, dans ce domaine, n'ont guère fait avancer les choses, les dirigeants cubains entendent introduire la rigueur dans la gestion des entreprises. Mais, selon eux, cette restructuration organisationnelle et théorique ne doit pas se faire au détriment du développement social de l'individu. Ils ont ainsi mis en pratique la direction de services et des entreprises par objectifs en utilisant l'informatique et les nouveaux plans comptables.

Dans les entreprises d'Etat, les nouvelles formes de gestion ont vu le jour avec des tentatives d'innovation au regard des salaires, dont certains évoluent en fonction des comptes d'exploitation de l'entreprise. cette nouvelle forme de stimulation par l'intéressement à l'entreprise concerne 1 300 000 salariés.

La phase « de récupération » que traverse actuellement l'économie cubaine se caractérise par l'ouverture aux capitaux extérieurs faute de pouvoir accéder aux crédits internationaux et s'accompagne d'une réelle volonté de modernisation de l'économie. celle-ci doit permettre le redémarrage de nombreuses industries actuellement en difficulté et renforcer d'autant l'autonomie nationale.

La résolution économique du Congrès du Parti communiste exprime la politique économique actuelle du pays dans les termes suivants : « Compte tenu des déséquilibres causés par la crise, la politique économique de la phase de récupération ouvre une nouvelle étape comprenant divers aspects structurels de l'économie tels que la diversification, la croissance et la dynamisation des exportations, le développement de la base alimentaire et l'efficacité économique dans ses aspects énergétiques, matériels et financiers pour ne mentionner que cela, mais inclut également la coordination de politiques spécifiques et l'utilisation d'instruments économiques et juridiques plus complexes et efficaces. En raison de la permanence de la guerre économique menée par les Etats-Unis contre Cuba mais aussi compte tenu de la concurrence entre les pays riches et des flux financiers internationaux, il est réaliste de penser que les restrictions d'accès aux crédits extérieurs vont se poursuivre, ainsi que les difficultés actuelles pour trouver une solution adéquate au problème de la dette extérieure.

« Nous sommes conscients que nos déficiences et nos erreurs ont eu un impact négatif sur les résultats de la récolte sucrière, sur la production alimentaire toujours insuffisante et d'autres aspects de l'économie. La pays dispose d'une infrastructure économique et sociale créée il y a plus de trente ans, mais aussi de ressources humaines, naturelles, et d'un développement scientifique et technique qu'il est indispensable d'utiliser efficacement. L'efficacité constitue l'objectif central de la politique économique. Faire un meilleur usage des ressources, élever la productivité du travail, obtenir de meilleurs résultats à moindre coût, tout cela améliorera notre balance des paiements et facilitera la participation au commerce mondial ainsi que l'accès aux marchés extérieurs et aux investissements.

« Mettre en pratique une orientation d'une telle envergure nous oblige à nous pencher sur certains concepts économiques et sur les pratiques du fonctionnement de l'économie susceptible de permettre le soutien à la récupération économique. »

La résolution dresse ensuite une liste d'objectifs allant dans ce sens :

- les secteurs qui rapportent des devises devront développer leur croissance afin d'accroître les revenus afin de financer davantage d'autres secteurs ;

- l'agriculture non sucrière devra développer ses exportations et se diversifier afin de limiter les importations ;

- développer l'agro-industrie sucrière ;

- diversifier les exportations de produits de meilleure qualité ;

- favoriser les investissements étrangers en mettant tous les projets et les constructions aux normes internationales ;

- intensifier la coopération entre les entreprises ;

- rationaliser l'utilisation des ressources des entreprises et ne plus dépenser sans compter ;

- généraliser les études de marché avant d'avoir accès à un financement dans les entreprises et les magasins d'Etat ;

- toute production devra être planifiée et tenir compte de la demande ;

- élever la qualité des produits ;

- généraliser l'accès aux technologies nouvelles, à l'innovation dans les critères de gestion afin d'élever l'efficacité économique des entreprises.

Le gouvernement a l'intention d'ouvrir 14 nouvelles usines de tabac dans les 3 ans à venir afin de répondre à la demande étrangère de cigares. Jusqu'à présent, 36 usines, véritables manufactures de tabac, travaillent pour l'exportation. selon un rapport gouvernemental (mars 1998), l'industrie du tabac emploie 200 000 Cubains durant la période de la récolte qui va de février à avril, y compris les fermiers privés et les coopératives. En 1993, la production était tombée à 45 millions de cigares. Mais cette année, les autorités tablent sur une exportation de 160 millions de cigares.

Pour les responsables communistes, le tourisme doit poursuivre « sa mission pour attirer des devises ». Avec la perspective de recevoir plus de 2 millions de touristes, cela représente un apport de 2 600 millions de dollars.

Outre le développement du tourisme, les autorités ont décidé d'élever le niveau de rendement du travail, mais aussi des productions agricoles en utilisant les « dollars du tourisme » pour moderniser les industries de base. C'est le cas pour l'industrie de la viande, mais également pour le tabac, la pêche et l'aquaculture.

Si la garantie des acquis sociaux reste une priorité, le coût de cette politique soulève cependant des inquiétudes pour l'avenir. Lors de son dernier Congrès, le Parti communiste, dans son étude sur la situation économique du pays, a souligné le vieillissement de la population dont l'espérance de vie est de 76 ans. En l'an 2010, 2 millions de personnes auront plus de 60 ans. Cela représente 20% de la population.

« Il n'est pas possible qu'un tel accroissement des charges soit uniquement supporté par l'Etat » note le document, qui évoque « une contribution » des salariés au financement de la sécurité sociale. Cette orientation fut, du reste, proposée par l'Assemblée nationale en 1994, afin d'assainir les finances de la nation.

Le document évoque également l'équivalent de l'épargne-retraite pour les salariés, afin d'assurer un meilleur niveau des retraites, avec la possibilité de souscrire des contrats d'assurance-vie, ainsi que diverses formes d'épargne et d'investissements. Afin de répondre à certaines inquiétudes soulevées dans la population face à toutes ces mesures, les dirigeants communistes ont réaffirmé leur position. « Tous les services sociaux de base restent accessibles à tous nos compatriotes sans discrimination de classe sociale, de race ou de situation géographique. ces services constituent les piliers sur lesquels repose l'égalité des chances que la Révolution socialiste garantit à tout notre peuple. Cette équité sociale ne doit cependant pas se confondre avec l'égalitarisme qui nie la diversité des individus et qui peut alors agir comme une force contraire aux efforts entrepris en faveur d'une meilleure efficacité et d'une élévation de notre action.

« Nous ne souhaitons pas non plus un consumérisme irrationnel calqué sur les images dictées par la propagande commerciale. notre objectif en matière de consommation se veut cohérent avec nos réalités économiques et devra faire face d'une manière croissante à la demande de nécessités de base, afin de répondre aux carences fondamentales qui ont marqué la période spéciale. Cela, en respectant les principes fondamentaux de justice et d'équité sociale.

« Dans un futur proche, et selon les moyens de l'évolution économique de chaque secteur d'activité dans le cadre de la récupération et du redéploiement productif nécessaire, le salaire devra davantage permettre de répondre à la satisfaction des besoins personnels et familiaux...

« Le salaire sera davantage fixé selon la relation existant entre le travail et l'apport qualitatif et quantitatif de chaque travailleur. En ce sens, les augmentations de la masse salariale doivent en priorité reconnaître et stimuler les résultats les plus efficaces et se traduire en termes financiers et physiques. Notre expérience récente nous confirme que le salaire et les rétributions personnelles perdent leur sens si en contrepartie n'apparaît pas un travail de qualité en quantité suffisante. Il est donc indispensable que les augmentations de salaire s'accompagnent d'une production plus efficace et plus compétitive. Ce qui implique que nous travaillions tous plus et mieux, notamment dans les biens de consommation, afin d'augmenter l'offre. parallèlement, il nous faudra mettre en place un processus de revalorisation du travail des personnels d'encadrement et stimuler d'une façon différenciée la performance qui bénéficie à l'économie et à la société.

« Allant de pair avec la rétribution, il sera nécessaire d'attribuer un rôle de stimulant moral, afin de réaliser l'émulation socialiste. L'importance de la motivation du travail de chacun dans le processus de prise de décision et d'accomplissement des objectifs, le sentiment d'appartenir à une entité, la transformation du travail en une forme de réalisation personnelle, constituent les éléments propres à notre valorisation du travail comme source de richesse et de bien-être collectif. »

En dépit du blocus, Cuba poursuit sa politique d'ouverture aux investisseurs étrangers. Au printemps 1997, le ministre cubain des Investissements et de la Coopération économique , Ibrahim Ferradez, a conclu une tournée de dix jours en France et en Allemagne durant laquelle dix « joint-ventures » franco cubaines ont été réalisées. En 1996, Cuba avait une croissance économique de 7,8%, ce taux s'est maintenu en 1997 grâce à la coopération internationale qui a stoppé net la volonté américaine d'étouffement de l'économie cubaine au moyen de la loi Helms-Burton. cette coopération internationale a franchi une nouvelle étape lorsque le premier ministre de Malaisie est venu à La Havane en automne 1997, accompagné par une large délégation d'hommes politiques et d'industriels malais.

Bien sûr, les relations entre le Mexique et Cuba existent depuis longtemps, mais leur volume a doublé durant les sept dernières années, notamment avec un afflux de livraisons de produits pharmaceutiques mexicains et de biotechnologie en échange de tabac, de sucre, et de boissons cubaines alcoolisées. L'une des raisons du succès des exportations cubaines dans ces trois secteurs résulte, selon les études officielles, de l'utilisation de la main-d'oeuvre féminine cubaine, très spécialisée puisque le tiers des avancées technologiques dans ces secteurs économiques ont été réalisées par des femmes.

Le niveau de technicité de la main-d'oeuvre cubaine a alors attiré l'attention des pays voisins qui n'hésitent plus à envoyer des centaines d'étudiants dans les universités cubaines et les industriels des Caraïbes ont investi des millions de dollars dans le tourisme cubain selon le Los Angeles Times. Afin de mettre un terme à cette nouvelle tendance qui bat en brèche la politique de Washington, la congressman de Floride, Ilena Ros-Lehtinen, a déposé un projet de loi qui vise « à punir les pays des Caraïbes et d'Amérique centrale qui commercent avec Cuba. » Mais il semble bien que ces menaces, loin de faire pression sur les pays concernés, ont au contraire conforté leur volonté de traiter avec Cuba, et ce, sur des bases beaucoup plus bénéfiques que lorsqu'ils négocient avec les Etats-Unis.

Intervenant devant l'Assemblée nationale, le vice-président Carlos Lage a précisé qu'en février 1998, 332 entreprises avec une participation étrangère opéraient à Cuba. Les trois quarts de ces activités étaient concentrés sur six secteurs économiques : l'industrie de base, le tourisme, l'industrie légère, l'alimentation, la construction et l'agriculture. Cela a permis la création de 66 000 emplois. Il devait aussi préciser qu'en 1997, Cuba avait reçu des dons de l'étranger pour un montant de 49 millions de dollars, avec la livraison de 660 000 litres d'huile de soja, de 318 tonnes de viande en conserve, de 340 tonnes de lait en poudre et de matériaux divers dont des produits pharmaceutiques.

Le groupe hôtelier français Accor vient de signer un accord avec la société cubaine Gaviota afin de diriger trois nouveaux hôtels dans le quartier de Miramar à La Havane, ainsi que les hôtels Cinquième Avenue et Monteverde. Le Canada a proposé la réintégration de Cuba au sein de l'Organisation des Etats Américains lors de la session de Washington qui a marqué le cinquantième anniversaire de l'organisation. cette proposition a fait suite à la visite du pape à Cuba, s'inscrivant dans le mouvement en faveur du retour de Cuba au sein de la communauté internationale. Cuba avait adhéré à l'OEA en 1948. Mais en 1962, à la demande des Etats-Unis, l'Organisation vota son exclusion tant que le gouvernement de Fidel Castro resterait au pouvoir.

La législation américaine est d'autant plus inappropriée que Washington a levé l'embargo contre le Vietnam et a garanti le statut de nation la plus favorisée à la Chine après que le président Clinton ait annoncé qu'il dissociait la garantie des droits de l'homme de l'accès à la nation la plus favorisée. Dans ces conditions, on ne voit pas pourquoi Washington persiste à exiger que Cuba adopte un système électoral semblable à celui des Etats-Unis et se conforme à la définition américaine des droits de l'homme.

Que ce soit un républicain ou un démocrate à la Maison Blanche, la politique cubaine du pays a jusqu'à présent été influencée par la communauté cubaine de Floride. Sinon, cette politique aurait cessé avec la fin de la guerre froide. mais la situation évolue actuellement avec une communauté cubaine américaine qui n'est plus monolithique. La dureté de l'embargo américain et ses conséquences sur la vie quotidienne des Cubains, avec les pénuries alimentaires, d'essence et de médicaments, ont modifié l'attitude des Cubains de Miami. Ceux-ci demandent de plus en plus la levée de l'embargo. En attendant, on assiste à des voyages de plus en plus fréquents à Cuba où l'on vient rendre visite aux familles chargé de matériel. Comme le déclare le congressman Rangel qui a présenté un projet de loi visant à lever l'embargo : « L'ironie et le danger de notre politique persistant à vouloir isoler Cuba ne doivent pas nous échapper. Cela nous place, davantage que les Cubains, en marge de la communauté internationale. Et dans l 'éventualité d'un échec total, ou d'événements violents à Cuba que nous avons très fortement encouragés , nous devrions faire face à un flot de réfugiés. »

Si le commerce était rétabli avec Cuba, le Dow Jones reprendrait de la vigueur. Du reste les investisseurs américains potentiels font davantage pression sur la classe politique de Washington, mais aussi sur les médias, pour récupérer le marché cubain. L'embargo commercial leur est de plus en plus intolérable face à l'arrivée de la concurrence européenne et sud-américaine qui vient travailler avec un gouvernement présenté comme intransigeant par les autorités américaines.

Dès 1994, les revues Business Week, US-Latin Trade et Cigar Afilionado évoquaient l'investissement à Cuba et l'ouverture aux compagnies étrangères. Cette orientation se traduit par la création de « joint ventures », par la signature d'accords de coopération économique entre des coopératives et des entreprises étrangères dans le domaine de l'agriculture ou du traitement de l'eau. Les autorités cubaines ont également favorisé la mise au point de zones franches, d'entreprises autonomes, avec la réalisation d'accords de management et de marketing. la production sucrière, le tourisme, les télécommunications, la culture des agrumes, les forages pétroliers et le raffinage, l'extraction du nickel et la recherche pharmaceutique constituent autant de secteurs attractifs pour les entreprises canadiennes, mexicaines mais aussi israëliennes, françaises, italiennes et espagnoles. La société espagnole Grupo Sol fut la première société étrangère à passer des accords avec le gouvernement cubain pour des investissements de 40 millions de dollars à Varadero, haut lieu du tourisme cubain. Grupo verse au gouvernement en moyenne 564 dollars par salarié et conserve 53% des profits réalisés. Selon les responsables cubains du tourisme à La Havane, les investisseurs étrangers peuvent récupérer leur investissement initial en quatre ou cinq ans. Grupo Sol a tablé sur trois ans et demi.

De nombreuses sociétés américaines ont d'ores et déjà déclaré leur intention de pénétrer le marché cubain le plus vite possible. Parmi elles figurent ATT, Texaco, United Airlines et RJR-Nabisco, qui affirment avoir déjà mis au point des programmes d'investissement, n'attendant plus que la levée de l'embargo. Teo Babun, un homme d'affaires américano-cubain, précise que son entreprise de marketing a travaillé avec plus de 180 entreprises américaines intéressées par le business avec Cuba. Teo Babun se trouve également à la tête d'une société de partenariat d'entreprise, la First Cuba Found, dans laquelle 60 investisseurs ont versé au moins 35 000 dollars afin de permettre à des sociétés américaines de s'implanter à Cuba dès que l'embargo sera levé. Par la Hersfled Caribean Basin Found, il a recueilli plus de 7 millions de dollars au profit de futurs investissements américains à Cuba.

De même que le tourisme et les télécommunications, l'industrie pharmaceutique souffre de l'embargo. Julie Feinsiher, auteur de Healing the masses : Cuban health polities at home and abroad, a témoigné lors d'auditions organisées par le Congrès de Washington, déclarant que la recherche et le développement de productions pharmaceutiques, biochimiques et biotechnologiques à Cuba sont estimées à 10 milliards de dollars avec un marché potentiel pour le contrôle et la distribution des réalisations cubaines. D'ores et déjà, des sociétés suisses, espagnoles et brésiliennes ont signé des contrats dans ce domaine. Les Chinois et les Cubains ont conclu des partenariats pour la production et la distribution de produits médicaux qui menacent les intérêts des industries pharmaceutiques américaines. Si l'embargo était levé, les industries américaines pourraient prendre part à la relance des productions cubaines qui devrait générer 20 milliards de dollars. Dès lors, on comprend mieux l'insistance de certains laboratoires américains à vouloir en finir avec l'embargo sur les médicaments et la recherche médicale.

Par-delà la question du départ de Fidel Castro, l'autre problématique pour les investisseurs potentiels américains demeure la question de la restitution des propriétés nationalisées par la Révolution. L'ancien secrétaire d'Etat Warren Christopher a mis en garde les hommes d'affaire étrangers soucieux de s'implanter à Cuba.

Les montants réclamés par les Américains de 1964 à 1972 dans le cadre du Cuban Claims Act s'élèvent à 1,8 milliards de dollars, dont 1,6 milliards de dollars sont évalués au titre de la compensation financière des entreprises. Les compensations exigées par les dix sociétés les plus importantes s'élèvent à elles seules à 1,02 milliard de dollars.

La législation américaine n'a cependant pas empêché certaines sociétés de passer des accords séparés avec Cuba concernant les compensations financières. Ce fut le cas pour des compagnies mexicaines et canadiennes. Depuis plusieurs années, le gouvernement cubain a exprimé son intérêt de discuter la question des compensations financières afin de favoriser la relance commerciale. Jusqu'à présent, toutes les négociations entamées avec des pays étrangers ont abouti, à l'exception des Etats-Unis. La diversité des modalités compensatoires permet un réinvestissement de capitaux et relance l'emploi à la fois dans le pays intéressé mais aussi à Cuba. Compte tenu du taux de rentabilité financière proposé par les autorités cubaines, ce type d'accord se révèle positif pour les deux parties. Pour autant, les autorités américaines se refusent toujours à s'engager dans cette direction, quitté à porter préjudice aux intérêts économiques américains.

En avril 1992, Donna Rich Kaplowitz et Michaël Kaplowitz, travaillant avec l'Avanced International Studies de la John Hopkins University, ont publié un rapport intitulé : « Les nouvelles opportunités pour le commerce entre Cuba et les Etats-Unis ». Ce rapport fait suite à une étude menée en 1988 qui faisait l'état des lieux du commerce extérieur cubain. Le rapport note que depuis 1988, les importations de Cuba ont été réduites de 50% alors que les importations payées en devises ont été quadruplées. L'étude de 1988 concluait sur la perte de 750 millions de dollars par an pour les entreprises américaines. Aujourd'hui, le rapport précise qu'avec les modifications politiques survenues dans le monde durant les dernières années, les entreprises américaines pourraient vendre à Cuba pour 2 milliards de dollars de produits lors de l'année qui suivra la levée de l'embargo. Le volume des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et Cuba pourrait même atteindre 6,5 milliards de dollars par an après les premières années qui suivront la levée de l'embargo.

LES AFFAIRES REPRENNENT A CUBA

Pendant vingt ans, Victor Garcia a travaillé comme laborantin pour étudier la vie subaquatique. mais, depuis peu, il a quitté son emploi pour être chauffeur de taxi, une activité beaucoup plus lucrative, car payée en dollars. « Pour obtenir cet emploi, il existe une réelle concurrence, c'est encore plus difficile que de passer un concours pour devenir professeur », déclare-t-il.

Comme plusieurs autres millions de Cubains, Victor s'est lancé dans l'activité professionnelle libérale afin d'améliorer sa vie quotidienne, ce qui a aussi permis de relancer l'économie locale. Jusqu'en 1989, l'économie cubaine progressait lentement. Mais avec l'effondrement du bloc soviétique, plus de 6 milliards de dollars d'aide économique annuelle disparaissaient. L'île connut alors une période noire, sans carburants, avec peu d'électricité peu de nourriture et de médicaments, totalement soumise au blocus américain. le gouvernement cubain imposa alors une série de mesures d'austérité pour faire face à la situation. Ce fut le début de la « période spéciale ». Dès 1993, le gouvernement légalisa l'emploi du dollar et les Cubains furent autorisés à créer de petites entreprises privées, le plus souvent des commerces. Pour de nombreux Cubains, ce fut l'occasion de pouvoir accéder à certains produits rendus inaccessibles par le blocus de Washington, tels des savons de beauté, du parfum et des vêtements.

Certes, les exilés cubains envoient chaque année entre 800 millions et 1 milliard de dollars, permettant ainsi à la famille restée dans l'île d'accéder aux magasins où l'on paie en dollars. Mais la relance actuelle économique cubaine a pu ouvrir l'accès à une population plus large. Pour autant, tous n'y ont pas accès. C'est pourquoi le travail au noir en direction des touristes demeure une ressource nécessaire pour accéder aux produits de meilleure qualité. En ville, des avocats ou des professeurs peuvent doubler leur salaire en quelques heures de travail comme chauffeur de taxi ou portier d'hôtel. Comme Victor, ils guettent le touriste pour lui proposer des souvenirs, des cigares, des visites de la vieille ville. D'autres sont serveurs dans des restaurants. Le plus recherché étant sans doute l'obtention d'une licence afin d'ouvrir un « palador », restaurant installé dans une grande pièce d'une habitation personnelle. On y mange très bien, copieusement, le tout arrosé de Rioja ou de rhum. Bien sûr, les prix sont affichés en dollars et sont généralement assez chers. Dans tous les cas, la rentabilité reste le moteur de ce type d'entreprise. Du reste, à chaque fois, le patron rencontré n'a jamais caché son souhait de s'enrichir le plus rapidement possible. Un sentiment au demeurant humain, mais qui confirme le malaise existant au sein de la population entre ceux qui peuvent acheter des dollars et ceux qui y parviennent difficilement, créant parfois une frustration teintée d'envie et d'amertume. Pour autant, la très grande majorité de la population entend rester au pays, mettant en avant les acquis sociaux de la Révolution avec la gratuité des soins, l'éducation pour tous et des loyers fixés à 10% des revenus. cela dans une atmosphère où la criminalité reste pratiquement inexistante. Le taux de criminalité reste très bas et les rues des grandes villes sont sûres, même le soir. Enfin, la musique, le cinéma et les arts en général sont accessibles à toute la population.

Le renouveau économique est du reste visible à La Havane. les chantiers de restauration sont nombreux dans la vieille ville et les constructions d'hôtels fleurissent, ce qui était totalement inexistant il y a six ans !

CE QUE COUTE LE BLOCUS AUX ENTREPRISES AMERICAINES

- Les Etats-Unis pourraient contrôler 60% des exportations cubaines de nickel.

- En achetant les citrons cubains, les Etats-Unis pourraient économiser 34 millions de dollars par an.

- 6,5 millions de dollars seraient économisés chaque année si Washington achetait du sucre cubain.

- Les sociétés américaines feraient des économies en important des fruits de mer, du café, du tabac, du rhum, du miel et du marbre .

- L'industrie du tourisme des Etats-Unis gagnerait beaucoup de la levée de l'embargo alors que les sociétés européennes, des Caraïbes et sud-américaines ont déjà largement investi près des plages touristiques.

- Les bateaux de croisière américains pourraient élargir leurs destinations à Cuba.

- Les compagnies américaines exportatrices de céréales pourraient reprendre 100% du marché cubain évalué à 400 millions de dollars par an.

- Les Etats-Unis pourraient vendre pour 90 millions de dollars en fournitures médicales dès la première année de levée de l'embargo.

- Les entreprises américaines pourraient fournir un demi-mùillion de tonnes de fertilisants chaque année de même que pour plus de 100 millions de dollars de pesticides.

- Cuba est prête à acheter pour 1 million de dollars de coton et de fibre de polyester aux Etats-Unis.

- Les ports américains bénéficieraient grandement de la relance du commerce maritime avec Cuba.

- La compagnie ATT se voit supplantée sur le marché cubain par une société italienne, Italcable, pour améliorer le système téléphonique international pour une opération évaluée à 41 millions de dollars- Les compagnies pétrolières américaines sont contraintes d'observer les compagnies étrangères européennes et sud-américaines explorer au large des côtes cubaines.

- Les sociétés américaines de marketing ne peuvent pas profiter des besoins énormes de l'économie cubaine.

(Source : New opportunities for US-Cuba trade 1994)

LES ZONES FRANCHES A CUBA:UNE REPONSE A LA CRISE.

Moins de trois mois après la promulgation de la loi Helms-Burton, Cuba remit au goût du jour une ancienne loi sur les investissements étrangers, qui devine la « loi sur les zones franches et les zones industrielles ». Cette loi avait pour objet de stimuler le libre échange. Fin 1997, le pays comptait cinq zones franches, situées à La Havane, à Wajay, à Cienfuegos et à Mariel. Le principal souci des responsables cubains est de créer ainsi davantage d'emplois et de stimuler les développements commerciaux, économiques et technologiques et de faire rentrer des devises. Afin d'attirer les investisseurs étrangers, les zones franches stipulent que pendant une période de douze ans, une exemption des taxes sur les profits et le travail sera garantie aux entreprises qui se seront installées. passée cette période, une réduction fiscale de 50% sera accordée pendant cinq ans. Les entreprises se verront aussi accorder des déductions fiscales sur les biens importés. Ce dispositif fiscal très favorable aux entreprises est associé aux salaires cubains, très bas sur le marché international.

Le principe de fonctionnement des zones franches repose sur le fait que 75% des productions issues des zones franches doivent être destinées à l'exportation, ne laissant que 25% des produits pour le marché cubain. Contrairement aux pratiques des grands groupes multinationaux dans d'autres pays du Tiers-monde, les zones franches cubaines ne sont pas des zones où le patron «  yankee » vient exploiter une main d'oeuvre misérable, taillable et corvéable à merci.

A Cuba, la législation reste stricte et si l'industriel étranger accepte de s'installer, il sait qu'il fera des bénéfices à court terme avec une main d'oeuvre qualifiée peu coûteuse. par contre, il ne pourra prétendre à gérer le marché cubain ni à envisager une extension de son pouvoir économique dans la sphère politique, comme c'est le cas dans certaines républiques bananières d'Amérique centrale.

Bien qu'à la recherche perpétuelle de devises, les dirigeants cubains, à l'évidence, ne sont pas prêts à abandonner une parcelle de pouvoir. Au contraire, ils ne cessent de réaffirmer leur volonté de consolider la souveraineté nationale, refusant de voir la Révolution se faire déposséder de ses acquis sociaux et de ses idéaux. Même si cela doit passer par la signature d'accords avec des investissements étrangers. Cette adaptation à la réalité de la situation mondiale constitue en fait un moyen, voire la solution, pour sortir des difficultés actuelles dans l'espoir de préserver les acquis de la Révolution.

Les concessions accordées aux entreprises qui s'installent dans les zones franches sont accordées par le Ministère de l' Investissement étranger. bien que la législation garantisse des concessions à la fois aux entités nationales et internationales, les entreprises cubaines bénéficient principalement de ce type d'opération. Afin d'accélérer les procédures administratives, les responsables cubains ont fixé une limite de 45 jours pour obtenir une licence autorisant une entreprise à opérer en zone franche.

Les trois zones franches de Woyag et de La Havane sont actuellement exploitées par deux grandes sociétés cubaines, Almacenes Universales SA et Zona Franca Ciudad Habana SA. Durant la période de mars à septembre 1997, plus de 120 opérateurs venant de 24 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique ont obtenu une licence. Les activités de ces opérateurs concernent principalement la production et la commercialisation des biens divers (boissons, meubles, matériaux de construction), ainsi que des services en engineering, architecture ou conseils financiers.

Selon les responsables cubains, la création de ces zones de libre-échange ne sauraient seulement constituer un appât pour les capitaux étrangers. En effet, Cuba dispose d'un réel potentiel de développement lui permettant de devenir un centre important de production et de distribution dans les Caraïbes, la situation géographique de Cuba et sa superficie constituent des atouts potentiels majeurs. C'est pourquoi les colons espagnols lui avaient octroyé un statut privilégié dans les Caraïbes.

De l'aveu même des économistes cubains, les restructurations en cours du système économique devraient permettre une meilleure efficacité des zones franches. Cependant, le blocus américain s'affirme toujours comme un terrible frein au développement des relations commerciales avec l'étranger. La crainte des sanctions américaines persiste chez les investisseurs potentiels.

Si les Européens ont déjà largement saisi l'ampleur des potentialités économiques avec Cuba, il n'en demeure pas moins que les négociations en cours évoluent lentement face à l'ampleur de la demande cubaine. Mais il est vrai que le dernier accord réalisé entre les Etats-Unis et la Communauté européenne constitue un frein au développement des relations avec Cuba, en ce sens qu'il met en avant des menaces sélectives à l'égard des investisseurs européens.

QUESTIONS A JORGE LEZCANO PEREZ

Président de la commission des Affaires étrangères

de l'Assemblée nationale

QUESTION :

Que répondez-vous aux critiques concernant les atteintes aux droits de l'homme à Cuba et à la répression contre l'opposition anti-castriste ?

« Effectivement, tout le monde n'est pas d'accord avec ce que nous faisons. Historiquement, depuis la colonisation, nous avons connu trois tendances à Cuba. Car pour comprendre la situation actuelle, il faut connaître un peu l'histoire de notre pays.

« La tendance autonomiste qui voulait rester dépendante de l'Espagne, au même titre qu'une province mais avec son propre drapeau. Il y avait ensuite la tendance annexionniste, qui souhaitait se constituer en un nouvel Etat, des Etats-Unis. Et enfin, la tendance indépendantiste.

« C'est en quelque sorte la même chose aujourd'hui, avec les partisans du capitalisme et du socialisme. La tendance annexionniste existe toujours, mais le centre principal n'est pas à Cuba. C'est l'extrême droite de Miami. Ce sont eux qui soutiennent financièrement des candidats américains très conservateurs, comme Jesse Helms, ou les exilés cubains les plus réactionnaires, mais aussi Clinton. En fait, ils versent de l'argent à tous les candidats qu'ils jugent favorables à leurs positions.

« Bien évidemment, il existe à Cuba des personnes favorables à ces orientations mais apparemment, ils n'ont pas été suffisamment importants pour créer une opposition ou une alternative politique avec un réel programme. ce qui unit actuellement le peuple cubain derrière la Révolution, c'est justement sa lutte pour maintenir sa souveraineté et sa réelle indépendance. Le nationalisme est très fort à Cuba et c'est pour cela que nous ne voulons pas retomber sous la coupe des Etats-Unis. Bien sûr, vous trouverez des Cubains qui critiquent la situation, qui ne sont pas d'accord avec telle ou telle orientation, mais dès qu'il s'agit de défendre notre souveraineté nationale, alors ils sont prêts à descendre dans la rue.

« La situation cubaine reste unique lorsque l'on parle des droits de l'homme ou du droit d'expression des antirévolutionnaires cubains en ce sens que la loi Helms-Burton, c'est à dire les autorités américaines, ont décidé de soutenir financièrement l'opposition anticastriste et de fixer des conditions de gouvernement au peuple cubain et de lui imposer un programme politique au nom de la démocratie américaine. Je dois dire que cela nous a facilité la tâche dans notre action visant à consolider la souveraineté nationale et de montrer qui sont les agents de l'étranger, au service des Etats-Unis.

« De nombreux journalistes ou hommes politiques européens critiquent notre attitude à l'égard des opposants anticastristes. Mais je leur demande à chaque fois s'ils sont prêts à accepter qu'une puissance étrangère finance leur opposition politique, en déclarant ce qui sera bon ou pas pour leur pays. Selon nous, l'universalité des droits de l'homme implique la notion de souveraineté nationale. Et j'imagine la réaction du gouvernement français s'il était confronté à une opposition financée par un pays étranger ! Quant à une telle situation aux Etats-Unis, ce serait impensable tant la réponse serait forte et violente. Alors, pourquoi vouloir à Cuba ce que les Etats-Unis ou la France refusent catégoriquement dans leur vie politique nationale ? C'est pourquoi nous ne permettons pas que ces forces contre-révolutionnaires s'organisent à Cuba. Du reste, les Etats-Unis non plus n'acceptent pas que leur constitution et leur gouvernement soient renversés par un parti politique financé par l'étranger. C'est illégal et inconstitutionnel. Alors, je ne vois pas pourquoi il pourrait en être ainsi aux Etats-Unis et surtout pas à Cuba. A moins de nous faire un mauvais procès. »

QUESTION :

Et où en est la drogue à Cuba ?

« Nous ne sommes pas un pays consommateur de drogue. Il y a encore cinq ou six ans, personne ne se droguait à Cuba. Mais quand nous avons engagé l'ouverture au tourisme, des touristes ont apporté de la drogue pour leur propre consommation et il y a des gens qui utilisent de la drogue.

« L'autre facteur important dans ce domaine est que nous ne sommes pas un pays producteur de drogue. Nous ne représentons donc un danger pour personne. et compte tenu de notre position stratégique dans les Caraïbes, entre l'Amérique du Sud et les Etats-Unis, nous avons proposé officiellement et à plusieurs reprises à Washington d'organiser une collaboration antidrogue. Mais nos demandes n'ont jamais reçu de réponses satisfaisantes, excepté un type de coopération ponctuelle en fonction des intérêts momentanés des services antidrogue américains. Par exemple, il y a deux mois, nous les avons informés des mouvements d'un navire qui transportait de la drogue. Ce qui a permis de saisir 250 kilos de cocaïne et de faire traduire en justice les trafiquants. Mais dans l'ensemble, la lutte contre les narcotrafiquants n'est pas à la hauteur afin de mieux protéger la population américaine.

« Et pour répondre à votre question, je tiens à réaffirmer que la drogue ne constitue pas un problème social à Cuba, ni un problème de corruption de masse comme c'est le cas dans d'autres pays. contrairement à la situation à Cuba, la drogue est devenue un véritable fléau qui ronge la société américaine. Selon une étude du Bureau national de la lutte contre la drogue (mars 1998), plus du tiers des Américains âgés de plus de 12 ans se sont déjà drogués. Près de 13 millions d'Américains ont avoué avoir pris de la drogue durant les trente derniers jours qui ont précédé l'enquête. Parmi eux, plus de 4 millions sont des drogués chroniques. lors d'un reportage diffusé en mars 1998, la chaîne de télévision ABC confirmait des chiffres inquiétants puisque officiellement, le quart des adolescents se drogue et que 50% des drogues consommées sont fabriquées aux Etats-Unis. Ce dernier point a soulevé l'inquiétude dans les milieux de la santé, confirmant le fait que les Etats-Unis sont devenus l'un des principaux pays producteurs de drogue. Dans ces conditions, il devrait être sanctionné par les Nations Unies conformément aux engagements pris pour lutter contre les narcotrafiquants. On savait que les Etats-Unis constituent le principal débouché pour le trafic de drogue international. On sait désormais, de source américaine, qu'ils sont un important pays producteur. Dès lors, les propos moralisateurs de Bill Clinton à l'égard des pays d'Amérique Latine et du Mexique notamment, apparaissent mal venus, mais non sans arrière-pensées politiques.

« Cette révolution du marché de la drogue aux Etats-Unis inquiètent les responsables de la lutte antidrogue qui se plaignent du manque de moyens dont ils disposent de la part de Washington. La drogue coûte cependant cher aux contribuables américains puisque, chaque année, 600 millions de dollars sont dépensés dans des programmes de désintoxication et de lutte contre la drogue.

Plusieurs études officielles notent que le Nicaragua est devenu une nouvelle plaque tournante de la drogue provenant d'Amérique du Sud avant d'être livrée aux Etats-Unis via le Mexique. L'agence Prensa Latina estime aussi que, chaque année, 12 tonnes de cocaïne transitent par le Nicaragua avant de rejoindre la Floride, citant des sources de la police nicaraguayenne. Or, le Nicaragua reste un « allié » sûr de Washington en Amérique centrale où les Etats-Unis ont dépensé des millions de dollars pour chasser les progressistes du pouvoir et mettre en place un régime dévoué à leurs intérêts stratégiques. »

COMMERCE EUROPE-CUBA

Carlos Martinez Salmendi, de la Chambre de Commerce de Cuba, s'explique sur l'évolution des relations économiques entre l'Europe et Cuba.

« Les pays européens les plus actifs avec Cuba sont l'Espagne et l'Italie. Mais, depuis le début des années quatre-vingt-dix, d'autres pays intensifient leurs relations. Ce sont le France, l'Angleterre, les pays scandinaves, l'Allemagne, la Belgique et la Hollande. Agée d'environ 35 ans, la Chambre de Commerce est une institution dévolue aux activités de promotion et de services. Elle est tournée vers les commerciaux cubains mais aussi vers les entreprises étrangères installées à Cuba. Depuis peu, elle travaille en collaboration avec de nombreuses missions économiques et commerciales et des centaines d'hommes d'affaires venant de différents pays, à la recherche d'informations et de soutien dans leurs démarches financières.

« Il est par ailleurs important de souligner la reprise économique cubaine, tout comme l'importance de la XV° Foire internationale qui s'est tenue à La Havane. la reprise des relations commerciales avec de nombreux pays étrangers s'inscrit dans la relance de l'économie nationale.

« La législation sur les investissements étrangers, sur les zones franches et les zones industrielles, et sur le système bancaire, a favorisé le renouveau commercial. Celui-ci s'est caractérisé par une confiance accrue des investisseurs étrangers dans le marché cubain et ce, malgré la loi Helms-Burton.

« Aujourd'hui, Cuba entretient des relations commerciales avec 3 000 entreprises dans plus de 100 pays. En 1990, le pays ne comptait que 7 « joints ventures » (sociétés à capitaux mixtes) dans le secteur du tourisme. Fin 1996, il y en avait 296 établies dans 34 secteurs de l'économie. Elles représentaient 40 pays.

« L'Union Européenne représente 298% du commerce extérieur cubain. Cette réalité des investissements européens à Cuba nous ouvre des perspectives pour progresser davantage. Il est évident qu'il nous faut développer nos relations et nos contacts. Nous avons commencé à le faire avec une importante participation européenne à la Foire internationale de La Havane, à Expocaribe, ainsi que dans d'autres expositions commerciales. Le renforcement des liens entre la Chambre de Commerce cubaine et les institutions européennes s'est traduit par la signature de 36 accords. C'est pourquoi nous souhaitons voir davantage d'entrepreneurs européens à Cuba afin qu'ils puissent toucher du doigt la réalité cubaine et ses possibilités.

« Notre Chambre de Commerce est prête à intervenir pour faciliter le travail des investisseurs étrangers afin de contribuer au développement de relations qui nous soient mutuellement bénéfiques. »

Professeur Garcia

Economiste au Centre d'études de l'économie cubaine

« La situation actuelle de l'économie résulte à la fois du blocus américain et de l'effondrement du bloc des pays socialistes. le début des années quatre-vingt-dix est marqué par une évolution avec la chute de la production, la diminution des capacités de production, et des problèmes d'emploi. Mais, notamment depuis 1994, nous assistons à une reprise économique ou une réactivation qui a permis de maintenir une croissance du PIB jusqu'en 1996. Le taux de croissance en cette année 1996 était de 7,8%.

« En 1997, nous avons assisté à un tassement de la croissance avec un taux de 2,5%. Quel est le problème ? La croissance de l'économie cubaine est liée à l'évolution de la situation sociale du pays, mais aussi en relation avec la situation dans la production et les services. La relance de l'économie cubaine exige également un autre facteur important qui est l'augmentation des importations de produits de base, et principalement de combustibles, qui coûtent cher en devises. De sorte que le processus de récupération économique exige davantage de l'économie interne.

« Mais nous sommes confrontés à un autre problème grave. Puisque nous exigeons davantage de notre production interne, nous devons importer davantage. Ce faisant, nous aggravons la dette du pays, car les lignes de crédit qui nous sont accessibles ont des taux d'intérêt très élevés. C'est pourquoi nous sommes en négociation sur le taux de la dette à court terme. Malgré tout, pour l'année 1997, nous envisageons un taux de croissance entre 4 et 5%. C'est un peu moins que nous le pensions. Mais cette réduction de nos prévisions s'explique par la situation dans deux secteurs importants de l'économie. C'est d'une part la production sucrière qui est restée en deçà des 200 000 tonnes de sucre. De même, le secteur des agrumes n'a pas atteint les résultats escomptés. Et d'autre part, le tourisme, avec un taux de croissance de 18% est resté inférieur à nos prévisions. De sorte qu'il existe un ensemble de facteurs qui ont ralenti l'activité économique en 1997.

« Malgré tout, parvenir à un taux de croissance économique de 2,5% dans une économie comme la nôtre, marquée par l'absence d'accès au marché international, par un déficit de sa balance des paiements et par un fort déficit de sa balance commerciale, constitue un résultat important. Pour l'année 1998, nous estimons que nous allons gagner entre 1,3 et 1,5% sur l'année précédente. Nous allons donc poursuivre une croissance lente mais stable de notre économie, sans secousses, comme cela a été le cas par le passé. Pour maintenir ce cap, nous avons engagé ce que certains appellent la processus de transformation de l'économie qui nous a permis d'entreprendre cette phase de récupération.

« Cependant, des problèmes demeurent avec, en premier lieu, la guerre économique menée par les Etats-Unis contre nous. une guerre économique qui pèse sur notre économie et qui fixe le cadre de notre progression économique avec les solutions que nous pouvons apporter à la crise pour obtenir la croissance de l'économie. Toutes nos prévisions de développement et de sortie de crise sont tributaires de cette situation bloquée.

« L'autre grand problème auquel nous sommes toujours confrontés reste les très fortes restrictions de financement de nos projets. Car nous n'avons pas accès au Fonds Monétaire ni à la Banque Mondiale. Nous avons une dette qui s'est accrue depuis 1986. Si je ne me trompe pas, en 1996, la dette atteignait 1 milliard. Nous avons renégocié la dette avec le Club de Paris et d'autres fournisseurs. Mais nous ne sommes pas parvenu à un accord et donc, nous n'avons pas eu d'autre solution que de décréter un moratoire. Mais, dès cet instant, toutes les possibilités de crédits internationaux se ferment. C'est là notre problème car si nous voulons accroître notre production de sucre, nous avons besoin d'investissements et donc de financements. N'oubliez pas que l'industrie sucrière emploie un demi million de personnes et constitue la force motrice de l'économie qui entraîne d'autres secteurs de l'économie. Nos principaux acheteurs restent la Russie, la Chine, l'Ukraine, le Japon et d'autres pays européens. Cela signifie qu'il existe un marché pour la vente de notre production sucrière. Cela n'est pas un problème. Notre problème, c'est de savoir comment produire dans de telles conditions financières, et comment accroître notre production.

« Le manque de financements est un problème de caractère externe. Mais nous avons également un problème interne, celui de l'efficacité économique. Nous avons conclu à un taux de croissance économique de 2,5%. Mais dans le même temps, notre consommation de combustibles s'est accrue de 4,2%. La productivité du travail a atteint un taux de croissance presque nul, de 0,6%. Nous avons là un sérieux problème interne.

« Jusqu'en 1989, le manque d'efficacité économique était compensé par l'aide extérieure. Mais aujourd'hui, ce phénomène n'existe plus et c'est à nous de le résoudre à l'intérieur de notre économie. Cela signifie poser la question suivante : comment augmenter la croissance et, dans le même temps, comment consommer moins ? C'est pourquoi le dernier Congrès du Parti communiste a mis l'accent sur la question de l'efficacité.

« Pour certains observateurs, l'économie cubaine est confrontée à un triple blocus : le blocus américain, puis le second blocus avec l'effondrement des pays socialistes et le troisième blocus avec l'inefficacité. C'est là un défi très important auquel l'économie cubaine est aujourd'hui confrontée et qui nécessite l'effort de tous.

« Cependant, je reste optimiste quant à l'avenir car le pays a démontré qu'il a pu surmonter ses difficultés et continuer à aller de l'avant. Car il existe ici un consensus politique avec une majorité de la population qui soutient la Révolution et je pense sincèrement que la majorité de la population ne veut pas d'un retour au capitalisme à Cuba, car nous avons connu ses remèdes. Y compris chez les jeunes, la Révolution a réussi à s'implanter en dépit des difficultés économiques. Il existe aussi des conditions objectives et subjectives qui montrent que l'on peut résoudre les problèmes que nous rencontrons. Et de ce point de vue, nous pouvons être optimistes car le pays progresse. Le pays n'est pas isolé, avec des relations avec la majorité de la communauté internationale mais aussi avec de nombreux amis à l'étranger.

« Et, donc, le pays a pu adopter un ensemble de mesures de réajustement, dont beaucoup disent qu'elles sont insuffisantes, mais ce sont des mesures que notre pays a pu mettre en oeuvre malgré le blocus. Cela lui a permis d'accéder à un marché, à d'autres formes de propriété, et de parvenir à des transformations de la société. L'autre problème reste le coût social de cet ensemble de mesures. La dépénalisation du dollar constitue aussi un problème puisque, logiquement, toute personne qui a accès aux dollars dans notre pays vit dans de meilleures conditions que celui qui n'y a pas accès. En ce sens, c'est un facteur d'inégalité sociale dans un pays qui ne connaissait pas l'inégalité avec la polarisation de la richesse, ou de la pauvreté.

« A Cuba, une famille avec un revenu mensuel de 100 dollars peut résoudre beaucoup de ses problèmes afin d'améliorer ses conditions de vie. Cette situation a provoqué les différences sociales des derniers temps. Notre pays a pris la décision de la double circulation monétaire avec le dollar et le peso, pour justement éviter les problèmes de trafic et d'inégalité grandissante entre ceux qui ont accès aux dollars et les autres salariés. Dans cette période de crise, le pays n'a pas les conditions économiques pour établir le type de change des devises, comme dans les autres pays, afin que seule la monnaie nationale circule. Et aujourd'hui, nous avons une économie dollarisée, non seulement dans les transactions au sein de la population, mais aussi parce que, sans un fonds de devises, nous ne pouvons fonctionner. Nous avons besoin de devises pour nos entreprises afin de pouvoir exporter et importer.

« La dollarisation de l'économie ou la dualité monétaire se sont produites, car le pays n'a pas les conditions économiques et ne les aura pas sans sortir de la crise actuelle, pour pouvoir établir un change officiel, car actuellement, la Banque centrale cubaine n'a pas de réserves, ni en or ni en monnaies fortes. Il existe de nombreuses études sur ce sujet mais compte tenu des conditions économiques et financières actuelles, toutes concluent au fait qu'il n'existe pas d'alternative à la dualité monétaire.

« C'est un problème en ce sens que notre monnaie nationale, le peso, n'est pas reconnue sur les autres marchés. Mais dans le même temps, cela a permis d'une façon importante de stimuler le processus de réactivation de l'économie. Nous savons par exemple qu'en 1997, entre 800 millions et un milliard de dollars sont entrés dans le pays. Cet apport financier n'est pas très important en soi, mais c'est quand même l'équivalent d'une récolte sucrière. Cela a donc permis à de nombreuses entreprises de produire davantage, mais aussi de relancer notre économie et d'exporter davantage. Par exemple, en 1996, le réseau de magasins où l'on paie en dollars a permis de recueillir près de 900 millions de dollars. La masse monétaire constitue donc, pour l'instant, une condition de notre développement économique puisque notre Banque centrale ne dispose pas de réserves et donc ne peut pas mettre en place un système de change officiel et selon moi, cela va encore durer pas mal de temps.

« Actuellement, nous recherchons notre réinsertion internationale et dans ces conditions notre pays doit s'ouvrir aux capitaux étrangers. Mais ce processus, dirais-je, est un peu différent de ce qui peut se produire ailleurs. Nous nous associons avec un capital étranger qui nous permet l'ouverture d'un marché avec de la technologie et un financement. Par exemple, à Cuba, il n'existe pas une entreprise ou un secteur qui soit 100% étranger. Nous contrôlons toujours la majorité de ces entreprises mixtes. En ce sens, l'investissement étranger à Cuba reste un processus contrôlé qui rejette toute idée de privatisation. L'investissement étranger représente de l'argent frais pour l'économie cubaine et un mécanisme de réactivation d'un ensemble de productions qui végètent actuellement, à côté de secteurs qui vont de l'avant comme le tourisme. Mais si l'on prend les secteurs de la santé, de l'éducation, mais aussi de la défense, où l'argent fait défaut, les investissements étrangers dans d'autres secteurs comme le tourisme ou les télécommunications permettent de dégager des financements qui leur viennent en aide. pour nous, c'est donc un moyen de développement économique.

« Si vous regardez le secteur agricole où la collectivisation et les coopératives ont permis des progrès sociaux, nous avons désormais un secteur agricole privé. En ce sens , le socialisme cubain évolue, non pas sur la base d'être plus ou moins orthodoxe, mais avec des réformes quant à la centralisation accentuée de l'économie et de la planification rigide que l'on a pu voir en Union Soviétique. Aujourd'hui, tout cela change à Cuba mais avec la ferme volonté de maintenir les conquêtes sociales de la Révolution et de préserver le système socialiste. Pour cela, nous avons besoin de diversifier notre économie avec, bien sûr, la propriété d'Etat des entreprises, qui restent majoritaires, mais aussi un nombre croissant d'entreprises mixtes avec des capitaux étrangers. Il existe aussi des coopératives agricoles qui ne sont pas totalement contrôlées par l'Etat.

« Il existe aussi plus de 100 000 exploitations agricoles privées et de nombreux travailleurs indépendants dans les villes. C'est pourquoi la notion de propriété évolue et se diversifie. Cette évolution dans le cadre d'un système socialiste caractérise le socialisme cubain aujourd'hui. En ce sens, le socialisme cubain se forge sa propre identité à partir de sa propre expérience. L'économie évolue et se positionne face aux pressions américaines mais le système politique et le système électoral qui ont permis les avancées sociales et démocratiques demeurent.

« Je voudrais revenir sur une question souvent abordée par les étrangers, à savoir : les Cubains paient-ils des impôts ? La réponse est simple. Tout Cubain qui perçoit un revenu autre que son salaire paie des impôts. Par exemple, je suis professeur avec un salaire. Mais chez moi, j'effectue des travaux qui me rapportent de l'argent. Eh bien, je serai taxé sur ce revenu supplémentaire.

« Jusqu'à une période récente, le mot impôt était inconnu de la population. Les services comme l'eau, le gaz ou l'électricité sont payants. Mais les écrivains, les artistes ou tout revenu lié à une activité tournée vers l'étranger sont soumis à l'impôt. »

L'IMPOSITION

Taux de l'imposition sur les revenus

Sur revenus en pesos

Sur revenus en dollards
1 à 3000
5 %
1 à 2400
10 %
3001 à 6000
10 %
2401 à 6000
15 %
6001 à 12000
15 %
6001 à 9600
15 %
12001 à 18000
20 %
9601 à 13200
20 %
18001 à 24000
25 %
13201 à 18000
25 %
24001 à 36000
30 %
18001 à 24000
30 %
36001 à 48000
35 %
24001 à 36000
35 %
48001 à 60000
40 %
36001 à 48000
40 %
Plus de 60000
50 %
48001 à 60000
45 %

Plus de 60000
50 %

La loi de 1973 a créé onze différents types d'imposition dont un impôt sur les entreprises, sur les personnes, sur les ventes. Les revenus qui s'élèvent à plus de 60 000 dollars par an seront taxés à 50%. Ce qui a scandalisé les observateurs politiques américains.

 

L'impôt sur les revenus est progressif, passant de 10% à 50% et doit être payé par tous les Cubains, y compris ceux qui vivent à l'étranger, mais aussi par les étrangers qui résident plus de 180 jours par an à Cuba.

L'impôt doit être payé le 1° mars de l'année suivante et sera payé soit en pesos soit en devises.

Les Cubains qui louent à des étrangers doivent payer en devises.

Jusqu'à présent les dons versés depuis l'étranger et les retraites ne sont pas soumis à l'impôt. En pratique, seuls les Cubains ayant accès aux devises comme revenus, les travailleurs indépendants, les loueurs d'appartements, les restaurateurs privés de même que les sportifs ou les artistes sont soumis à l'impôt. celui-ci a pris effet le 1°octobre 1994 mais son application a été graduelle.

 

Il existe par ailleurs une taxe sur certains biens de consommation tels que les alcools, les cigarettes, le tabac, l'essence, les voitures, les camions, mais aussi sur les produits de luxe.

 

En 1996, environ 65% des revenus fiscaux de l'Etat provenaient des taxes à la consommation, principalement le tabac et l'alcool. En 1995, le chiffre était de 75%. La législation a aussi imposé une taxation sur les téléphoners publics, les fax, l'électricité, l'eau, les transports, les restaurants, le logement et les divertissements.

 

Les héritages sont désormais taxés tout comme les propriétés. Les documents officiels tels que les certificats de naissance, de mariage ou de décès coûtent 5 pesos. Un passeport coûte 80 pesos. Un certificat pour vivre à l'étranger est désormais facturé 80 dollars.

 

A suivre.........