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Le Défi Cubain
Jean Solbès
2ème
partie
DEUXIEME PARTIE
LA VIE A CUBA
2
La vie économique
AGRICULTURE
Comme le reste de l'économie cubaine,
l'agriculture manque de diversification, et les deux grandes
réformes agraires engagées sur fond de
Révolution castriste en 1959 et en 1963 n'ont pas
permis une augmentation suffisante de la production
alimentaire. Cuba est l'un des principaux producteurs de
sucre du monde. au début des années 1990, la
récolte annuelle de canne à sucre
s'élevait à environ 70 millions de tonnes et
la production de sucre non raffiné était
d'environ 6 millions de tonnes. Cependant, celle-ci devait
chuter à 4,2 millions de tonnes en 1993. Vient
ensuite le tabac, majoritairement cultivé à
l'ouest et au centre-ouest, et dont la récolte
(50 000 tonnes par an) sert en grande partie à
la fabrication de cigares de réputation mondiale. Les
autres productions agricoles sont le café, les
agrumes, les ananas, les mangues, le riz, le maïs et
les cultures maraîchères. Le bétail
représentait environ 5 millions de têtes au
début des années 1990.
L'abattage incontrôlé a peu à peu
réduit les zones boisées qui ne
représentent plus que 8% de la superficie de
l'île en 1960. Cependant, un programme de reboisement
a permis de faire remonter ce chiffre à 20% à
la fin des années 1980. On abat environ 3,25 millions
de m3 de bois par an, la récolte portant surtout sur
les bois durs. Enfin, des pêcheries très
modernes ont été implantées et, outre
les 200 000 tonnes de poissons pêchés
chaque année, Cuba est un grand producteur et
exportateur de langoustes.
MINES ET INDUSTRIES
L'extraction minière, qui a subi un fort
déclin en 1959, concerne essentiellement le nickel
(40 000 tonnes par an), le cuivre (3 000 tonnes),
le manganèse, le chrome et zinc. Cuba exploite
également du sel, du cobalt, de la pierre, du
pétrole et du gaz naturel.
Les principales productions industrielles sont le ciment
(3 millions de tonnes par an), les engrais (1 million de
tonnes), le papier, le pétrole raffiné, le
caoutchouc, les dérivés du tabac, les produits
alimentaires transformés et le textile. Les
industries légères progressent lentement et
leur production est encore insuffisante.
L'électricité de l'île est
essentiellement produite dans des usines thermiques
utilisant les produits pétroliers, le charbon ou les
résidus de canne à sucre.
ECHANGES
Toutes les banques cubaines ont été
nationalisées en 1960.
Le sucre et ses produits dérivés
représentent environ 75% des exportations du pays,
suivis par le tabac, les minerais, les produits alimentaires
et les produits pétroliers. Les principales
importations sont les produits alimentaires, les
combustibles, les matières premières
industrielles et le matériel de transport. Les
Etats-Unis, autrefois principal partenaire commercial de
Cuba, ayant déclaré un embargo total sur les
échanges commerciaux entre les deux pays en 1960,
l'île s'est tournée vers les pays du bloc
communiste, à commencer par l'URSS. des
échanges sucre-pétrole faisaient de Moscou le
premier fournisseur en pétrole de l'île et le
principal débouché pour le sucre cubain.
Depuis le début des années 1990, le poids des
pays du CAEM dans le commerce extérieur de Cuba a
nettement diminué au profit des voisins
latino-américains, avec lesquels l'île effectue
près de la moitié de ses échanges,
contre 7% seulement en 1990. Dans le même temps, Cuba
s'efforce de renforcer ses liens commerciaux avec les pays
de l'Union européenne. En 1993, ses importations
s'élevaient à 2,3 milliards de dollars et ses
exportations rapportaient environ 2,2 milliards de
dollars.
Au milieu des années 1990, Cuba comptait environ
47 000 km de routes. la compagnie nationalisée
des chemins de fer exploite 12 655 km de voies, dont
62% desservent les raffineries et les plantations de sucre.
L'Empresa Cubana de Aviacion, la compagnie aérienne
nationale, exploite des liaisons domestiques et
internationales.
ECONOMIE
Lorsque les industriels américains regardent Cuba,
ils voient un pays en lutte économique mais qui
possède un réel potentiel de croissance.
Revenu par habitant du PNB en 1996
|
Costa Rica
|
5500 $
|
|
Panama
|
5300 $
|
|
République Dominicaine
|
3670 $
|
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Jamaîque
|
3260 $
|
|
Salvador
|
1480 $
|
|
Cuba
|
1480 $
|
Pourcentage de commerce dans le PNB
|
Jamaîque
|
50 %
|
|
Salvador
|
41 %
|
|
Costa Rica
|
40.4 %
|
|
Cuba
|
34.6 %
|
|
République Dominicaine
|
28.2 %
|
|
Panama
|
22 %
|
Après la disparition du bloc soviétique,
Cuba a connu en effondrement économique. ce fut le
commencement de « la période
spéciale » caractérisée par
une baisse catastrophique du niveau de vie, mettant
même en cause des secteurs symboliques de la
société comme l'éducation et la
santé. Pour faire face à cette situation, les
responsables cubains se sont ouverts aux investissements
étrangers avec la création d'entreprises
mixtes dont le gouvernement cubain possède 51% des
actions, et surtout ils ont relancé l'industrie du
tourisme d'une façon inconnue jusqu'alors.
Cette restriction économique engendra des effets
pervers dont une progression importante du chômage
avec le licenciement de 300 000 à 500 000
salariés de grandes entreprises d'Etat
obligées de s'arrêter, de même que la
mise en veilleuse de la plupart des petites entreprises
faute de moyens suffisants puisque la majorité des
devises disponibles étaient consacrées aux
secteurs rentables à court terme.
Parallèlement, le travail au noir se
développe, tout comme la quête du dollar, seul
capable de compenser la perte du niveau de vie. Avec la
relance d'un tourisme de masse, la prostitution se
développe, tout comme divers trafics dont la drogue.
Aujourd'hui, la situation s'améliore, tous les
Cubains le remarquent, même si la vie demeure
difficile et frugale.
La dernière période reste
caractérisée par une reprise sectorielle de
l'économie. Au troisième trimestre 1997, la
croissance a progressé de 2,5%, de sorte que la
croissance annuelle se stabilisait entre 4 et 5%. Cela
représente un gain de 2% sur les
prévisions.
La promulgation de la loi Helms-Burton s'est fait
durement ressentir en faisant pression sur l'accès au
crédit international. Cuba a ainsi perdu
l'accès aux financements qui soutenaient depuis peu
la culture sucrière, les industries des combustibles
et la production alimentaire. Avant la dernière
récolte, Cuba devait recevoir plus de 200 millions de
dollars de financements extérieurs.
L'impossibilité d'y avoir accès paralysa le
début des récoltes pour les deux tiers de la
production. de la même façon, le rythme des
négociations avec les entreprises
étrangères a pris du retard suite aux
pressions américaines. Pour comble de malchance, le
cyclone Lili a durement frappé Cuba, notamment dans
les plantations de cannes à sucre et de bananes dans
huit provinces, alors que ce type de culture
nécessite de dix mois à un an pour se
renouveler. Le coût de cette catastrophe fut
estimé à 800 millions de dollars.
Les conditions météorologiques de
1996-1997, marquées par la quasi inexistence de
l'hiver, ont eu un effet négatif sur les cultures de
la « papaye » avec l'apparition de
parasites qui, de l'avis des autorités cubaines, ont
été délibérément
largués sur les cultures par les ultras de Floride,
comme cela s'est produit régulièrement par le
passé.
Malgré les difficultés rencontrées
en 1996, certains succès ont été
enregistrés par l'économie cubaine puisque,
malgré la loi Helms-Burton, plus de 80 associations
avec des capitaux étrangers ont été
réalisées. Les observateurs sur le terrain ont
noté une meilleure efficacité dans les
nouvelles entreprises et que, dans le même temps, le
tourisme s'est adapté aux exigences du marché
international avec une amélioration de la
qualité des prestations offertes et une concurrence
plus marquée entre les différents groupes
hôteliers.
En 1997, la production énergétique s'est
améliorée pour la première fois depuis
le début de la phase de récupération
avec une croissance de 2% de la consommation
énergétique. La production
pétrolière a également progressé
avec la perspective de mise en chantier de nouveaux sites
d'exploitation. Toujours en 1997, le nombre de touristes a
progressé de 18%, les productions nationales pour le
tourisme, les productions nationales pour le tourisme et le
marché en devises devaient croître de 60%.
L'industrie légère a connu un accroissement de
4,1%, le secteur alimentaire a progressé de 6%, tout
comme la construction de 10% et la mécanique de 17%.
La production de nickel a connu une progression de 17% avec
60 000 tonnes. le secteur du tabac a connu un
succès particulier, à la fois au niveau de la
production et des exportations, voyant ses revenus augmenter
de 66%. L'industrie de la pêche poursuit ses efforts
de modernisation et de mise aux normes internationales tout
en développant l'aquaculture afin d'accroître
les exportations après que la capture de poissons ait
progressé de 14%. Afin de relancer la production, les
autorités ont mis en place un programme de
modernisation des centrales électriques avec une
unité de 250 mégawatts à Feston et la
production d'électricité à partir du
gaz naturel pour la première fois à Cuba.
dans le secteur du tourisme, plus de 3 000 chambres
ont été construites en 1997 avec la
réalisation en cours d'un nouveau complexe à
La Havane qui devrait tripler les capacités
d'accueil. Le centre touristique de Varadero doit
également s'agrandir, avec la modernisation des
infrastructures électriques, d'approvisionnement en
eau et en traitement des eaux usées. Celle-ci
s'effectue dans les zones touristiques, mais aussi dans le
centre historique de La Havane actuellement en
rénovation.
Un programme de construction de 45 000 logements,
représentant une progression de 7,8% par rapport
à l'année précédente, fut mis en
route. les responsables cubains notent toutefois que ce
programme reste très insuffisant par rapport à
la demande de la population.
Dans l'agriculture, la recherche de l'efficacité
et de l'augmentation des rendements est une priorité.
pour cela, les autorités poursuivent la modernisation
des infrastructures mais aussi la construction de nouveaux
réseaux d'irrigation avec la construction de
nouvelles retenues d'eau.
Le secteur de la santé a aussi profité du
léger mieux économique avec la
rénovation de plusieurs hôpitaux et l'ouverture
de nouveaux services. Plusieurs hôpitaux sont en
construction à Pinar del Rio, Ciego de Avila et
à Holguin, avec une priorité en faveur des
services d'urgences. Avec la mise en place de la
dualité monétaire, le système bancaire
a dû être modernisé. *CC'est un processus
de longue haleine afin d'établir un réseau
bancaire national afin de faciliter les crédits en
devises convertibles pour les entreprises locales.
Aujourd'hui, le système bancaire est
automatisé, permettant désormais de traiter
les transactions bancaires en temps réel comme c'est
le cas dans les pays développés.
Cependant, malgré ces progrès
indéniables, il existe toujours des insuffisances et
des dysfonctionnements de l'économie qui limitent la
revitalisation économique. Comme l'a souligné
la résolution économique du dernier
Congrès du Parti communiste cubain, il existe
« un contrôle interne insuffisant lié
à une comptabilité déficiente en
relation avec la pratique perverse d'aligner des chiffres ou
des plans sans en estimer réellement les coûts
ni exiger la qualité, avec la tendance à
prendre des décisions qui parfois ne correspondent
pas aux intérêts des différents secteurs
économiques ». en fait, la
résolution a posé la question de la
bureaucratie et de ses freins sur la revitalisation de
l'économie cubaine.
Le sentiment « d'assiégé
perpétuel » face au blocus américain
a également conforté le comportement insulaire
des Cubains. Avec l'aide économique
soviétique, Cuba pouvait ignorer les flux financiers
du marché capitaliste international. ce n'est plus le
cas aujourd'hui, avec la disparition de l'Union
Soviétique. Durant la période spéciale,
le régime cubain dut s'arc-bouter et résister
de toutes ses forces pour éviter l'effondrement
économique. Dès lors, Cuba a
réalisé l'influence du commerce
extérieur sur le processus de revitalisation de
l'économie nationale afin de remplir le vide
laissé par la disparition du bloc soviétique.
La Havane a ainsi opéré une très
importante diversification de ses relations commerciales et
diplomatiques.
Si la base légale des associations d'entreprises
avec des pays étrangers existait déjà
en 1982, ce n'est qu'en 1992 que l 'Assemblée
nationale a voté les réformes
constitutionnelles nécessaires à l'apport de
capitaux étrangers, permettant la restructuration du
commerce extérieur, tout comme la recherche de
capitaux, de technologies et de nouveaux marchés.
En dépit de certains succès avec plusieurs
pays latino-américains et européens, sans
oublier le Canada, la pression constante des Etats-Unis a
obligé les dirigeants cubains à s'engager dans
la voie de la normalisation de la situation
financière du pays. Cuba a donc dû continuer de
se tourner vers des financements à court terme, dont
les coûts exorbitants pèsent lourd sur le
rythme de la reprise économique, faisant naître
des tensions très vives dans certains secteurs
toujours fragilisés. N'oublions pas que le pays a
subi un choc terrible avec la disparition brutale de 75% de
ses importations.
Principale richesse du pays, la production
sucrière s'effondra, passant de 7 millions de tonnes
à 3,3 millions de tonnes. Cela entraîna une
perte importante de revenus en devises, de pair avec une
baisse de la production alimentaire et des biens de
consommation. De là grandit l'idée de
transformer les structures et le fonctionnement de
l'économie. Il fut décidé d'impulser le
tourisme comme secteur moteur capable de
générer des devises afin de relancer d'autres
secteurs économiques dans un mouvement plus vaste
appelé « réanimation » de
l'économie. C'est dans ce contexte de grande
difficulté que les autorités se
prononcèrent en faveur de la
dépénalisation de l'utilisation du dollar, de
l'assouplissement du fonctionnement coopératif dans
les grandes fermes d'Etat, de la réforme du
système bancaire, et de facilités pour
l'installation de travailleurs indépendants. La
dollarisation des secteurs économiques porteurs, tels
le tourisme et le commerce extérieur dans son
ensemble, a évité les risques de
dévaluation monétaire qui aurait
anéanti les nouveaux efforts intégrés
dans la dernière période.
Mais comme le rappelle le rapport économique du
dernier Congrès du Parti communiste cubain (octobre
1997), la dualité monétaire a engendré
des effets pervers dont une différence de revenus,
source d'inégalités sociales. elle a
également posé la question de la
rémunération du travail puisqu'un
médecin et un professeur gagneront moins qu'un
portier d'hôtel qui a accès aux dollars, ne
serait-ce que par les pourboires. En mettant l'accent sur
l'efficacité du travail et la motivation des
salariés, les responsables cubains ont
également soulevé la question du salaire
acquis, quelle que soit l'attitude du salarié qui ne
sera pas confronté à la menace du
chômage. Ce qui explique certains comportements
bureaucratiques inefficaces, mais aussi parfois le faible
rendement du travail. dans ce domaine, le système
capitaliste n'est pas non plus sans reproches. Mais dans ce
cas, la notion de profit l'emporte. Ainsi, un fonctionnaire
français qui se donne à fond dans son travail,
mettant en avant des pratiques innovantes, ne recevra pas un
centime de plus sur son salaire. Dans le secteur
privé, les patrons, notamment en province, accordent
des salaires dérisoires, exigeant un rendement
maximum sous peine de licenciement.
C'est là toute la différence avec le
processus cubain puisque le système capitaliste
stipule que l'efficacité économique implique
l'exploitation des individus. La notion de profit maximum
devient alors la justification du développement
économique. conscients de leurs lacunes en
matière de gestion, notamment après des
années de tutelle soviétique qui, dans ce
domaine, n'ont guère fait avancer les choses, les
dirigeants cubains entendent introduire la rigueur dans la
gestion des entreprises. Mais, selon eux, cette
restructuration organisationnelle et théorique ne
doit pas se faire au détriment du
développement social de l'individu. Ils ont ainsi mis
en pratique la direction de services et des entreprises par
objectifs en utilisant l'informatique et les nouveaux plans
comptables.
Dans les entreprises d'Etat, les nouvelles formes de
gestion ont vu le jour avec des tentatives d'innovation au
regard des salaires, dont certains évoluent en
fonction des comptes d'exploitation de l'entreprise. cette
nouvelle forme de stimulation par l'intéressement
à l'entreprise concerne 1 300 000
salariés.
La phase « de
récupération » que traverse
actuellement l'économie cubaine se caractérise
par l'ouverture aux capitaux extérieurs faute de
pouvoir accéder aux crédits internationaux et
s'accompagne d'une réelle volonté de
modernisation de l'économie. celle-ci doit permettre
le redémarrage de nombreuses industries actuellement
en difficulté et renforcer d'autant l'autonomie
nationale.
La résolution économique du Congrès
du Parti communiste exprime la politique économique
actuelle du pays dans les termes suivants :
« Compte tenu des déséquilibres
causés par la crise, la politique économique
de la phase de récupération ouvre une nouvelle
étape comprenant divers aspects structurels de
l'économie tels que la diversification, la croissance
et la dynamisation des exportations, le développement
de la base alimentaire et l'efficacité
économique dans ses aspects
énergétiques, matériels et financiers
pour ne mentionner que cela, mais inclut également la
coordination de politiques spécifiques et
l'utilisation d'instruments économiques et juridiques
plus complexes et efficaces. En raison de la permanence de
la guerre économique menée par les Etats-Unis
contre Cuba mais aussi compte tenu de la concurrence entre
les pays riches et des flux financiers internationaux, il
est réaliste de penser que les restrictions
d'accès aux crédits extérieurs vont se
poursuivre, ainsi que les difficultés actuelles pour
trouver une solution adéquate au problème de
la dette extérieure.
« Nous sommes conscients que nos
déficiences et nos erreurs ont eu un impact
négatif sur les résultats de la récolte
sucrière, sur la production alimentaire toujours
insuffisante et d'autres aspects de l'économie. La
pays dispose d'une infrastructure économique et
sociale créée il y a plus de trente ans, mais
aussi de ressources humaines, naturelles, et d'un
développement scientifique et technique qu'il est
indispensable d'utiliser efficacement. L'efficacité
constitue l'objectif central de la politique
économique. Faire un meilleur usage des ressources,
élever la productivité du travail, obtenir de
meilleurs résultats à moindre coût, tout
cela améliorera notre balance des paiements et
facilitera la participation au commerce mondial ainsi que
l'accès aux marchés extérieurs et aux
investissements.
« Mettre en pratique une orientation d'une
telle envergure nous oblige à nous pencher sur
certains concepts économiques et sur les pratiques du
fonctionnement de l'économie susceptible de permettre
le soutien à la récupération
économique. »
La résolution dresse ensuite une liste d'objectifs
allant dans ce sens :
- les secteurs qui rapportent des devises devront
développer leur croissance afin d'accroître les
revenus afin de financer davantage d'autres
secteurs ;
- l'agriculture non sucrière devra
développer ses exportations et se diversifier afin de
limiter les importations ;
- développer l'agro-industrie
sucrière ;
- diversifier les exportations de produits de meilleure
qualité ;
- favoriser les investissements étrangers en
mettant tous les projets et les constructions aux normes
internationales ;
- intensifier la coopération entre les
entreprises ;
- rationaliser l'utilisation des ressources des
entreprises et ne plus dépenser sans
compter ;
- généraliser les études de
marché avant d'avoir accès à un
financement dans les entreprises et les magasins
d'Etat ;
- toute production devra être planifiée et
tenir compte de la demande ;
- élever la qualité des produits ;
- généraliser l'accès aux
technologies nouvelles, à l'innovation dans les
critères de gestion afin d'élever
l'efficacité économique des entreprises.
Le gouvernement a l'intention d'ouvrir 14 nouvelles
usines de tabac dans les 3 ans à venir afin de
répondre à la demande étrangère
de cigares. Jusqu'à présent, 36 usines,
véritables manufactures de tabac, travaillent pour
l'exportation. selon un rapport gouvernemental (mars 1998),
l'industrie du tabac emploie 200 000 Cubains durant la
période de la récolte qui va de février
à avril, y compris les fermiers privés et les
coopératives. En 1993, la production était
tombée à 45 millions de cigares. Mais cette
année, les autorités tablent sur une
exportation de 160 millions de cigares.
Pour les responsables communistes, le tourisme doit
poursuivre « sa mission pour attirer des
devises ». Avec la perspective de recevoir plus de
2 millions de touristes, cela représente un apport de
2 600 millions de dollars.
Outre le développement du tourisme, les
autorités ont décidé d'élever le
niveau de rendement du travail, mais aussi des productions
agricoles en utilisant les « dollars du
tourisme » pour moderniser les industries de base.
C'est le cas pour l'industrie de la viande, mais
également pour le tabac, la pêche et
l'aquaculture.
Si la garantie des acquis sociaux reste une
priorité, le coût de cette politique
soulève cependant des inquiétudes pour
l'avenir. Lors de son dernier Congrès, le Parti
communiste, dans son étude sur la situation
économique du pays, a souligné le
vieillissement de la population dont l'espérance de
vie est de 76 ans. En l'an 2010, 2 millions de personnes
auront plus de 60 ans. Cela représente 20% de la
population.
« Il n'est pas possible qu'un tel accroissement
des charges soit uniquement supporté par
l'Etat » note le document, qui évoque
« une contribution » des salariés
au financement de la sécurité sociale. Cette
orientation fut, du reste, proposée par
l'Assemblée nationale en 1994, afin d'assainir les
finances de la nation.
Le document évoque également
l'équivalent de l'épargne-retraite pour les
salariés, afin d'assurer un meilleur niveau des
retraites, avec la possibilité de souscrire des
contrats d'assurance-vie, ainsi que diverses formes
d'épargne et d'investissements. Afin de
répondre à certaines inquiétudes
soulevées dans la population face à toutes ces
mesures, les dirigeants communistes ont
réaffirmé leur position. « Tous les
services sociaux de base restent accessibles à tous
nos compatriotes sans discrimination de classe sociale, de
race ou de situation géographique. ces services
constituent les piliers sur lesquels repose
l'égalité des chances que la Révolution
socialiste garantit à tout notre peuple. Cette
équité sociale ne doit cependant pas se
confondre avec l'égalitarisme qui nie la
diversité des individus et qui peut alors agir comme
une force contraire aux efforts entrepris en faveur d'une
meilleure efficacité et d'une élévation
de notre action.
« Nous ne souhaitons pas non plus un
consumérisme irrationnel calqué sur les images
dictées par la propagande commerciale. notre objectif
en matière de consommation se veut cohérent
avec nos réalités économiques et devra
faire face d'une manière croissante à la
demande de nécessités de base, afin de
répondre aux carences fondamentales qui ont
marqué la période spéciale. Cela, en
respectant les principes fondamentaux de justice et
d'équité sociale.
« Dans un futur proche, et selon les moyens de
l'évolution économique de chaque secteur
d'activité dans le cadre de la
récupération et du redéploiement
productif nécessaire, le salaire devra davantage
permettre de répondre à la satisfaction des
besoins personnels et familiaux...
« Le salaire sera davantage fixé selon
la relation existant entre le travail et l'apport qualitatif
et quantitatif de chaque travailleur. En ce sens, les
augmentations de la masse salariale doivent en
priorité reconnaître et stimuler les
résultats les plus efficaces et se traduire en termes
financiers et physiques. Notre expérience
récente nous confirme que le salaire et les
rétributions personnelles perdent leur sens si en
contrepartie n'apparaît pas un travail de
qualité en quantité suffisante. Il est donc
indispensable que les augmentations de salaire
s'accompagnent d'une production plus efficace et plus
compétitive. Ce qui implique que nous travaillions
tous plus et mieux, notamment dans les biens de
consommation, afin d'augmenter l'offre.
parallèlement, il nous faudra mettre en place un
processus de revalorisation du travail des personnels
d'encadrement et stimuler d'une façon
différenciée la performance qui
bénéficie à l'économie et
à la société.
« Allant de pair avec la rétribution, il
sera nécessaire d'attribuer un rôle de
stimulant moral, afin de réaliser l'émulation
socialiste. L'importance de la motivation du travail de
chacun dans le processus de prise de décision et
d'accomplissement des objectifs, le sentiment d'appartenir
à une entité, la transformation du travail en
une forme de réalisation personnelle, constituent les
éléments propres à notre valorisation
du travail comme source de richesse et de bien-être
collectif. »
En dépit du blocus, Cuba poursuit sa politique
d'ouverture aux investisseurs étrangers. Au printemps
1997, le ministre cubain des Investissements et de la
Coopération économique , Ibrahim Ferradez, a
conclu une tournée de dix jours en France et en
Allemagne durant laquelle dix
« joint-ventures » franco cubaines ont
été réalisées. En 1996, Cuba
avait une croissance économique de 7,8%, ce taux
s'est maintenu en 1997 grâce à la
coopération internationale qui a stoppé net la
volonté américaine d'étouffement de
l'économie cubaine au moyen de la loi Helms-Burton.
cette coopération internationale a franchi une
nouvelle étape lorsque le premier ministre de
Malaisie est venu à La Havane en automne 1997,
accompagné par une large délégation
d'hommes politiques et d'industriels malais.
Bien sûr, les relations entre le Mexique et Cuba
existent depuis longtemps, mais leur volume a doublé
durant les sept dernières années, notamment
avec un afflux de livraisons de produits pharmaceutiques
mexicains et de biotechnologie en échange de tabac,
de sucre, et de boissons cubaines alcoolisées. L'une
des raisons du succès des exportations cubaines dans
ces trois secteurs résulte, selon les études
officielles, de l'utilisation de la main-d'oeuvre
féminine cubaine, très
spécialisée puisque le tiers des
avancées technologiques dans ces secteurs
économiques ont été
réalisées par des femmes.
Le niveau de technicité de la main-d'oeuvre
cubaine a alors attiré l'attention des pays voisins
qui n'hésitent plus à envoyer des centaines
d'étudiants dans les universités cubaines et
les industriels des Caraïbes ont investi des millions
de dollars dans le tourisme cubain selon le Los Angeles
Times. Afin de mettre un terme à cette nouvelle
tendance qui bat en brèche la politique de
Washington, la congressman de Floride, Ilena Ros-Lehtinen, a
déposé un projet de loi qui vise
« à punir les pays des Caraïbes et
d'Amérique centrale qui commercent avec
Cuba. » Mais il semble bien que ces menaces, loin
de faire pression sur les pays concernés, ont au
contraire conforté leur volonté de traiter
avec Cuba, et ce, sur des bases beaucoup plus
bénéfiques que lorsqu'ils négocient
avec les Etats-Unis.
Intervenant devant l'Assemblée nationale, le
vice-président Carlos Lage a précisé
qu'en février 1998, 332 entreprises avec une
participation étrangère opéraient
à Cuba. Les trois quarts de ces activités
étaient concentrés sur six secteurs
économiques : l'industrie de base, le tourisme,
l'industrie légère, l'alimentation, la
construction et l'agriculture. Cela a permis la
création de 66 000 emplois. Il devait aussi
préciser qu'en 1997, Cuba avait reçu des dons
de l'étranger pour un montant de 49 millions de
dollars, avec la livraison de 660 000 litres d'huile de
soja, de 318 tonnes de viande en conserve, de 340 tonnes de
lait en poudre et de matériaux divers dont des
produits pharmaceutiques.
Le groupe hôtelier français Accor vient de
signer un accord avec la société cubaine
Gaviota afin de diriger trois nouveaux hôtels dans le
quartier de Miramar à La Havane, ainsi que les
hôtels Cinquième Avenue et Monteverde. Le
Canada a proposé la réintégration de
Cuba au sein de l'Organisation des Etats Américains
lors de la session de Washington qui a marqué le
cinquantième anniversaire de l'organisation. cette
proposition a fait suite à la visite du pape à
Cuba, s'inscrivant dans le mouvement en faveur du retour de
Cuba au sein de la communauté internationale. Cuba
avait adhéré à l'OEA en 1948. Mais en
1962, à la demande des Etats-Unis, l'Organisation
vota son exclusion tant que le gouvernement de Fidel Castro
resterait au pouvoir.
La législation américaine est d'autant plus
inappropriée que Washington a levé l'embargo
contre le Vietnam et a garanti le statut de nation la plus
favorisée à la Chine après que le
président Clinton ait annoncé qu'il dissociait
la garantie des droits de l'homme de l'accès à
la nation la plus favorisée. Dans ces conditions, on
ne voit pas pourquoi Washington persiste à exiger que
Cuba adopte un système électoral semblable
à celui des Etats-Unis et se conforme à la
définition américaine des droits de
l'homme.
Que ce soit un républicain ou un démocrate
à la Maison Blanche, la politique cubaine du pays a
jusqu'à présent été
influencée par la communauté cubaine de
Floride. Sinon, cette politique aurait cessé avec la
fin de la guerre froide. mais la situation évolue
actuellement avec une communauté cubaine
américaine qui n'est plus monolithique. La
dureté de l'embargo américain et ses
conséquences sur la vie quotidienne des Cubains, avec
les pénuries alimentaires, d'essence et de
médicaments, ont modifié l'attitude des
Cubains de Miami. Ceux-ci demandent de plus en plus la
levée de l'embargo. En attendant, on assiste à
des voyages de plus en plus fréquents à Cuba
où l'on vient rendre visite aux familles
chargé de matériel. Comme le déclare le
congressman Rangel qui a présenté un projet de
loi visant à lever l'embargo :
« L'ironie et le danger de notre politique
persistant à vouloir isoler Cuba ne doivent pas nous
échapper. Cela nous place, davantage que les Cubains,
en marge de la communauté internationale. Et dans
l 'éventualité d'un échec total,
ou d'événements violents à Cuba que
nous avons très fortement encouragés , nous
devrions faire face à un flot de
réfugiés. »
Si le commerce était rétabli avec Cuba, le
Dow Jones reprendrait de la vigueur. Du reste les
investisseurs américains potentiels font davantage
pression sur la classe politique de Washington, mais aussi
sur les médias, pour récupérer le
marché cubain. L'embargo commercial leur est de plus
en plus intolérable face à l'arrivée de
la concurrence européenne et sud-américaine
qui vient travailler avec un gouvernement
présenté comme intransigeant par les
autorités américaines.
Dès 1994, les revues Business Week, US-Latin Trade
et Cigar Afilionado évoquaient l'investissement
à Cuba et l'ouverture aux compagnies
étrangères. Cette orientation se traduit par
la création de « joint
ventures », par la signature d'accords de
coopération économique entre des
coopératives et des entreprises
étrangères dans le domaine de l'agriculture ou
du traitement de l'eau. Les autorités cubaines ont
également favorisé la mise au point de zones
franches, d'entreprises autonomes, avec la
réalisation d'accords de management et de marketing.
la production sucrière, le tourisme, les
télécommunications, la culture des agrumes,
les forages pétroliers et le raffinage, l'extraction
du nickel et la recherche pharmaceutique constituent autant
de secteurs attractifs pour les entreprises canadiennes,
mexicaines mais aussi israëliennes, françaises,
italiennes et espagnoles. La société espagnole
Grupo Sol fut la première société
étrangère à passer des accords avec le
gouvernement cubain pour des investissements de 40 millions
de dollars à Varadero, haut lieu du tourisme cubain.
Grupo verse au gouvernement en moyenne 564 dollars par
salarié et conserve 53% des profits
réalisés. Selon les responsables cubains du
tourisme à La Havane, les investisseurs
étrangers peuvent récupérer leur
investissement initial en quatre ou cinq ans. Grupo Sol a
tablé sur trois ans et demi.
De nombreuses sociétés américaines
ont d'ores et déjà déclaré leur
intention de pénétrer le marché cubain
le plus vite possible. Parmi elles figurent ATT, Texaco,
United Airlines et RJR-Nabisco, qui affirment avoir
déjà mis au point des programmes
d'investissement, n'attendant plus que la levée de
l'embargo. Teo Babun, un homme d'affaires
américano-cubain, précise que son entreprise
de marketing a travaillé avec plus de 180 entreprises
américaines intéressées par le business
avec Cuba. Teo Babun se trouve également à la
tête d'une société de partenariat
d'entreprise, la First Cuba Found, dans laquelle 60
investisseurs ont versé au moins 35 000 dollars
afin de permettre à des sociétés
américaines de s'implanter à Cuba dès
que l'embargo sera levé. Par la Hersfled Caribean
Basin Found, il a recueilli plus de 7 millions de dollars au
profit de futurs investissements américains à
Cuba.
De même que le tourisme et les
télécommunications, l'industrie pharmaceutique
souffre de l'embargo. Julie Feinsiher, auteur de Healing the
masses : Cuban health polities at home and abroad, a
témoigné lors d'auditions organisées
par le Congrès de Washington, déclarant que la
recherche et le développement de productions
pharmaceutiques, biochimiques et biotechnologiques à
Cuba sont estimées à 10 milliards de dollars
avec un marché potentiel pour le contrôle et la
distribution des réalisations cubaines. D'ores et
déjà, des sociétés suisses,
espagnoles et brésiliennes ont signé des
contrats dans ce domaine. Les Chinois et les Cubains ont
conclu des partenariats pour la production et la
distribution de produits médicaux qui menacent les
intérêts des industries pharmaceutiques
américaines. Si l'embargo était levé,
les industries américaines pourraient prendre part
à la relance des productions cubaines qui devrait
générer 20 milliards de dollars. Dès
lors, on comprend mieux l'insistance de certains
laboratoires américains à vouloir en finir
avec l'embargo sur les médicaments et la recherche
médicale.
Par-delà la question du départ de Fidel
Castro, l'autre problématique pour les investisseurs
potentiels américains demeure la question de la
restitution des propriétés
nationalisées par la Révolution. L'ancien
secrétaire d'Etat Warren Christopher a mis en garde
les hommes d'affaire étrangers soucieux de
s'implanter à Cuba.
Les montants réclamés par les
Américains de 1964 à 1972 dans le cadre du
Cuban Claims Act s'élèvent à 1,8
milliards de dollars, dont 1,6 milliards de dollars sont
évalués au titre de la compensation
financière des entreprises. Les compensations
exigées par les dix sociétés les plus
importantes s'élèvent à elles seules
à 1,02 milliard de dollars.
La législation américaine n'a cependant pas
empêché certaines sociétés de
passer des accords séparés avec Cuba
concernant les compensations financières. Ce fut le
cas pour des compagnies mexicaines et canadiennes. Depuis
plusieurs années, le gouvernement cubain a
exprimé son intérêt de discuter la
question des compensations financières afin de
favoriser la relance commerciale. Jusqu'à
présent, toutes les négociations
entamées avec des pays étrangers ont abouti,
à l'exception des Etats-Unis. La diversité des
modalités compensatoires permet un
réinvestissement de capitaux et relance l'emploi
à la fois dans le pays intéressé mais
aussi à Cuba. Compte tenu du taux de
rentabilité financière proposé par les
autorités cubaines, ce type d'accord se
révèle positif pour les deux parties. Pour
autant, les autorités américaines se refusent
toujours à s'engager dans cette direction,
quitté à porter préjudice aux
intérêts économiques
américains.
En avril 1992, Donna Rich Kaplowitz et Michaël
Kaplowitz, travaillant avec l'Avanced International Studies
de la John Hopkins University, ont publié un rapport
intitulé : « Les nouvelles
opportunités pour le commerce entre Cuba et les
Etats-Unis ». Ce rapport fait suite à une
étude menée en 1988 qui faisait l'état
des lieux du commerce extérieur cubain. Le rapport
note que depuis 1988, les importations de Cuba ont
été réduites de 50% alors que les
importations payées en devises ont été
quadruplées. L'étude de 1988 concluait sur la
perte de 750 millions de dollars par an pour les entreprises
américaines. Aujourd'hui, le rapport précise
qu'avec les modifications politiques survenues dans le monde
durant les dernières années, les entreprises
américaines pourraient vendre à Cuba pour 2
milliards de dollars de produits lors de l'année qui
suivra la levée de l'embargo. Le volume des
échanges commerciaux entre les Etats-Unis et Cuba
pourrait même atteindre 6,5 milliards de dollars par
an après les premières années qui
suivront la levée de l'embargo.
LES AFFAIRES REPRENNENT A
CUBA
Pendant vingt ans, Victor Garcia a travaillé comme
laborantin pour étudier la vie subaquatique. mais,
depuis peu, il a quitté son emploi pour être
chauffeur de taxi, une activité beaucoup plus
lucrative, car payée en dollars. « Pour
obtenir cet emploi, il existe une réelle concurrence,
c'est encore plus difficile que de passer un concours pour
devenir professeur », déclare-t-il.
Comme plusieurs autres millions de Cubains, Victor s'est
lancé dans l'activité professionnelle
libérale afin d'améliorer sa vie quotidienne,
ce qui a aussi permis de relancer l'économie locale.
Jusqu'en 1989, l'économie cubaine progressait
lentement. Mais avec l'effondrement du bloc
soviétique, plus de 6 milliards de dollars d'aide
économique annuelle disparaissaient. L'île
connut alors une période noire, sans carburants, avec
peu d'électricité peu de nourriture et de
médicaments, totalement soumise au blocus
américain. le gouvernement cubain imposa alors une
série de mesures d'austérité pour faire
face à la situation. Ce fut le début de la
« période spéciale ».
Dès 1993, le gouvernement légalisa l'emploi du
dollar et les Cubains furent autorisés à
créer de petites entreprises privées, le plus
souvent des commerces. Pour de nombreux Cubains, ce fut
l'occasion de pouvoir accéder à certains
produits rendus inaccessibles par le blocus de Washington,
tels des savons de beauté, du parfum et des
vêtements.
Certes, les exilés cubains envoient chaque
année entre 800 millions et 1 milliard de dollars,
permettant ainsi à la famille restée dans
l'île d'accéder aux magasins où l'on
paie en dollars. Mais la relance actuelle économique
cubaine a pu ouvrir l'accès à une population
plus large. Pour autant, tous n'y ont pas accès.
C'est pourquoi le travail au noir en direction des touristes
demeure une ressource nécessaire pour accéder
aux produits de meilleure qualité. En ville, des
avocats ou des professeurs peuvent doubler leur salaire en
quelques heures de travail comme chauffeur de taxi ou
portier d'hôtel. Comme Victor, ils guettent le
touriste pour lui proposer des souvenirs, des cigares, des
visites de la vieille ville. D'autres sont serveurs dans des
restaurants. Le plus recherché étant sans
doute l'obtention d'une licence afin d'ouvrir un
« palador », restaurant installé
dans une grande pièce d'une habitation personnelle.
On y mange très bien, copieusement, le tout
arrosé de Rioja ou de rhum. Bien sûr, les prix
sont affichés en dollars et sont
généralement assez chers. Dans tous les cas,
la rentabilité reste le moteur de ce type
d'entreprise. Du reste, à chaque fois, le patron
rencontré n'a jamais caché son souhait de
s'enrichir le plus rapidement possible. Un sentiment au
demeurant humain, mais qui confirme le malaise existant au
sein de la population entre ceux qui peuvent acheter des
dollars et ceux qui y parviennent difficilement,
créant parfois une frustration teintée d'envie
et d'amertume. Pour autant, la très grande
majorité de la population entend rester au pays,
mettant en avant les acquis sociaux de la Révolution
avec la gratuité des soins, l'éducation pour
tous et des loyers fixés à 10% des revenus.
cela dans une atmosphère où la
criminalité reste pratiquement inexistante. Le taux
de criminalité reste très bas et les rues des
grandes villes sont sûres, même le soir. Enfin,
la musique, le cinéma et les arts en
général sont accessibles à toute la
population.
Le renouveau économique est du reste visible
à La Havane. les chantiers de restauration sont
nombreux dans la vieille ville et les constructions
d'hôtels fleurissent, ce qui était totalement
inexistant il y a six ans !
CE QUE COUTE LE BLOCUS AUX
ENTREPRISES AMERICAINES
- Les Etats-Unis pourraient contrôler 60% des
exportations cubaines de nickel.
- En achetant les citrons cubains, les Etats-Unis
pourraient économiser 34 millions de dollars par
an.
- 6,5 millions de dollars seraient
économisés chaque année si Washington
achetait du sucre cubain.
- Les sociétés américaines feraient
des économies en important des fruits de mer, du
café, du tabac, du rhum, du miel et du
marbre .
- L'industrie du tourisme des Etats-Unis gagnerait
beaucoup de la levée de l'embargo alors que les
sociétés européennes, des Caraïbes
et sud-américaines ont déjà largement
investi près des plages touristiques.
- Les bateaux de croisière américains
pourraient élargir leurs destinations à
Cuba.
- Les compagnies américaines exportatrices de
céréales pourraient reprendre 100% du
marché cubain évalué à 400
millions de dollars par an.
- Les Etats-Unis pourraient vendre pour 90 millions de
dollars en fournitures médicales dès la
première année de levée de
l'embargo.
- Les entreprises américaines pourraient fournir
un demi-mùillion de tonnes de fertilisants chaque
année de même que pour plus de 100 millions de
dollars de pesticides.
- Cuba est prête à acheter pour 1 million de
dollars de coton et de fibre de polyester aux
Etats-Unis.
- Les ports américains
bénéficieraient grandement de la relance du
commerce maritime avec Cuba.
- La compagnie ATT se voit supplantée sur le
marché cubain par une société
italienne, Italcable, pour améliorer le
système téléphonique international pour
une opération évaluée à 41
millions de dollars- Les compagnies
pétrolières américaines sont
contraintes d'observer les compagnies
étrangères européennes et
sud-américaines explorer au large des côtes
cubaines.
- Les sociétés américaines de
marketing ne peuvent pas profiter des besoins énormes
de l'économie cubaine.
(Source : New opportunities for US-Cuba trade
1994)
LES ZONES FRANCHES A CUBA:UNE
REPONSE A LA CRISE.
Moins de trois mois après la promulgation de la
loi Helms-Burton, Cuba remit au goût du jour une
ancienne loi sur les investissements étrangers, qui
devine la « loi sur les zones franches et les
zones industrielles ». Cette loi avait pour objet
de stimuler le libre échange. Fin 1997, le pays
comptait cinq zones franches, situées à La
Havane, à Wajay, à Cienfuegos et à
Mariel. Le principal souci des responsables cubains est de
créer ainsi davantage d'emplois et de stimuler les
développements commerciaux, économiques et
technologiques et de faire rentrer des devises. Afin
d'attirer les investisseurs étrangers, les zones
franches stipulent que pendant une période de douze
ans, une exemption des taxes sur les profits et le travail
sera garantie aux entreprises qui se seront
installées. passée cette période, une
réduction fiscale de 50% sera accordée pendant
cinq ans. Les entreprises se verront aussi accorder des
déductions fiscales sur les biens importés. Ce
dispositif fiscal très favorable aux entreprises est
associé aux salaires cubains, très bas sur le
marché international.
Le principe de fonctionnement des zones franches repose
sur le fait que 75% des productions issues des zones
franches doivent être destinées à
l'exportation, ne laissant que 25% des produits pour le
marché cubain. Contrairement aux pratiques des grands
groupes multinationaux dans d'autres pays du Tiers-monde,
les zones franches cubaines ne sont pas des zones où
le patron « yankee » vient
exploiter une main d'oeuvre misérable, taillable et
corvéable à merci.
A Cuba, la législation reste stricte et si
l'industriel étranger accepte de s'installer, il sait
qu'il fera des bénéfices à court terme
avec une main d'oeuvre qualifiée peu coûteuse.
par contre, il ne pourra prétendre à
gérer le marché cubain ni à envisager
une extension de son pouvoir économique dans la
sphère politique, comme c'est le cas dans certaines
républiques bananières d'Amérique
centrale.
Bien qu'à la recherche perpétuelle de
devises, les dirigeants cubains, à l'évidence,
ne sont pas prêts à abandonner une parcelle de
pouvoir. Au contraire, ils ne cessent de réaffirmer
leur volonté de consolider la souveraineté
nationale, refusant de voir la Révolution se faire
déposséder de ses acquis sociaux et de ses
idéaux. Même si cela doit passer par la
signature d'accords avec des investissements
étrangers. Cette adaptation à la
réalité de la situation mondiale constitue en
fait un moyen, voire la solution, pour sortir des
difficultés actuelles dans l'espoir de
préserver les acquis de la Révolution.
Les concessions accordées aux entreprises qui
s'installent dans les zones franches sont accordées
par le Ministère de l' Investissement
étranger. bien que la législation garantisse
des concessions à la fois aux entités
nationales et internationales, les entreprises cubaines
bénéficient principalement de ce type
d'opération. Afin d'accélérer les
procédures administratives, les responsables cubains
ont fixé une limite de 45 jours pour obtenir une
licence autorisant une entreprise à opérer en
zone franche.
Les trois zones franches de Woyag et de La Havane sont
actuellement exploitées par deux grandes
sociétés cubaines, Almacenes Universales SA et
Zona Franca Ciudad Habana SA. Durant la période de
mars à septembre 1997, plus de 120 opérateurs
venant de 24 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique ont
obtenu une licence. Les activités de ces
opérateurs concernent principalement la production et
la commercialisation des biens divers (boissons, meubles,
matériaux de construction), ainsi que des services en
engineering, architecture ou conseils financiers.
Selon les responsables cubains, la création de ces
zones de libre-échange ne sauraient seulement
constituer un appât pour les capitaux
étrangers. En effet, Cuba dispose d'un réel
potentiel de développement lui permettant de devenir
un centre important de production et de distribution dans
les Caraïbes, la situation géographique de Cuba
et sa superficie constituent des atouts potentiels majeurs.
C'est pourquoi les colons espagnols lui avaient
octroyé un statut privilégié dans les
Caraïbes.
De l'aveu même des économistes cubains, les
restructurations en cours du système
économique devraient permettre une meilleure
efficacité des zones franches. Cependant, le blocus
américain s'affirme toujours comme un terrible frein
au développement des relations commerciales avec
l'étranger. La crainte des sanctions
américaines persiste chez les investisseurs
potentiels.
Si les Européens ont déjà largement
saisi l'ampleur des potentialités économiques
avec Cuba, il n'en demeure pas moins que les
négociations en cours évoluent lentement face
à l'ampleur de la demande cubaine. Mais il est vrai
que le dernier accord réalisé entre les
Etats-Unis et la Communauté européenne
constitue un frein au développement des relations
avec Cuba, en ce sens qu'il met en avant des menaces
sélectives à l'égard des investisseurs
européens.
QUESTIONS A JORGE LEZCANO
PEREZ
Président de la commission des Affaires
étrangères
de l'Assemblée nationale
QUESTION :
Que répondez-vous aux critiques concernant les
atteintes aux droits de l'homme à Cuba et à la
répression contre l'opposition
anti-castriste ?
« Effectivement, tout le monde n'est pas
d'accord avec ce que nous faisons. Historiquement, depuis la
colonisation, nous avons connu trois tendances à
Cuba. Car pour comprendre la situation actuelle, il faut
connaître un peu l'histoire de notre pays.
« La tendance autonomiste qui voulait rester
dépendante de l'Espagne, au même titre qu'une
province mais avec son propre drapeau. Il y avait ensuite la
tendance annexionniste, qui souhaitait se constituer en un
nouvel Etat, des Etats-Unis. Et enfin, la tendance
indépendantiste.
« C'est en quelque sorte la même chose
aujourd'hui, avec les partisans du capitalisme et du
socialisme. La tendance annexionniste existe toujours, mais
le centre principal n'est pas à Cuba. C'est
l'extrême droite de Miami. Ce sont eux qui soutiennent
financièrement des candidats américains
très conservateurs, comme Jesse Helms, ou les
exilés cubains les plus réactionnaires, mais
aussi Clinton. En fait, ils versent de l'argent à
tous les candidats qu'ils jugent favorables à leurs
positions.
« Bien évidemment, il existe à
Cuba des personnes favorables à ces orientations mais
apparemment, ils n'ont pas été suffisamment
importants pour créer une opposition ou une
alternative politique avec un réel programme. ce qui
unit actuellement le peuple cubain derrière la
Révolution, c'est justement sa lutte pour maintenir
sa souveraineté et sa réelle
indépendance. Le nationalisme est très fort
à Cuba et c'est pour cela que nous ne voulons pas
retomber sous la coupe des Etats-Unis. Bien sûr, vous
trouverez des Cubains qui critiquent la situation, qui ne
sont pas d'accord avec telle ou telle orientation, mais
dès qu'il s'agit de défendre notre
souveraineté nationale, alors ils sont prêts
à descendre dans la rue.
« La situation cubaine reste unique lorsque
l'on parle des droits de l'homme ou du droit d'expression
des antirévolutionnaires cubains en ce sens que la
loi Helms-Burton, c'est à dire les autorités
américaines, ont décidé de soutenir
financièrement l'opposition anticastriste et de fixer
des conditions de gouvernement au peuple cubain et de lui
imposer un programme politique au nom de la
démocratie américaine. Je dois dire que cela
nous a facilité la tâche dans notre action
visant à consolider la souveraineté nationale
et de montrer qui sont les agents de l'étranger, au
service des Etats-Unis.
« De nombreux journalistes ou hommes politiques
européens critiquent notre attitude à
l'égard des opposants anticastristes. Mais je leur
demande à chaque fois s'ils sont prêts à
accepter qu'une puissance étrangère finance
leur opposition politique, en déclarant ce qui sera
bon ou pas pour leur pays. Selon nous, l'universalité
des droits de l'homme implique la notion de
souveraineté nationale. Et j'imagine la
réaction du gouvernement français s'il
était confronté à une opposition
financée par un pays étranger ! Quant
à une telle situation aux Etats-Unis, ce serait
impensable tant la réponse serait forte et violente.
Alors, pourquoi vouloir à Cuba ce que les Etats-Unis
ou la France refusent catégoriquement dans leur vie
politique nationale ? C'est pourquoi nous ne permettons
pas que ces forces contre-révolutionnaires
s'organisent à Cuba. Du reste, les Etats-Unis non
plus n'acceptent pas que leur constitution et leur
gouvernement soient renversés par un parti politique
financé par l'étranger. C'est illégal
et inconstitutionnel. Alors, je ne vois pas pourquoi il
pourrait en être ainsi aux Etats-Unis et surtout pas
à Cuba. A moins de nous faire un mauvais
procès. »
QUESTION :
Et où en est la drogue à Cuba ?
« Nous ne sommes pas un pays consommateur de
drogue. Il y a encore cinq ou six ans, personne ne se
droguait à Cuba. Mais quand nous avons engagé
l'ouverture au tourisme, des touristes ont apporté de
la drogue pour leur propre consommation et il y a des gens
qui utilisent de la drogue.
« L'autre facteur important dans ce domaine est
que nous ne sommes pas un pays producteur de drogue. Nous ne
représentons donc un danger pour personne. et compte
tenu de notre position stratégique dans les
Caraïbes, entre l'Amérique du Sud et les
Etats-Unis, nous avons proposé officiellement et
à plusieurs reprises à Washington d'organiser
une collaboration antidrogue. Mais nos demandes n'ont jamais
reçu de réponses satisfaisantes,
excepté un type de coopération ponctuelle en
fonction des intérêts momentanés des
services antidrogue américains. Par exemple, il y a
deux mois, nous les avons informés des mouvements
d'un navire qui transportait de la drogue. Ce qui a permis
de saisir 250 kilos de cocaïne et de faire traduire en
justice les trafiquants. Mais dans l'ensemble, la lutte
contre les narcotrafiquants n'est pas à la hauteur
afin de mieux protéger la population
américaine.
« Et pour répondre à votre
question, je tiens à réaffirmer que la drogue
ne constitue pas un problème social à Cuba, ni
un problème de corruption de masse comme c'est le cas
dans d'autres pays. contrairement à la situation
à Cuba, la drogue est devenue un véritable
fléau qui ronge la société
américaine. Selon une étude du Bureau national
de la lutte contre la drogue (mars 1998), plus du tiers des
Américains âgés de plus de 12 ans se
sont déjà drogués. Près de 13
millions d'Américains ont avoué avoir pris de
la drogue durant les trente derniers jours qui ont
précédé l'enquête. Parmi eux,
plus de 4 millions sont des drogués chroniques. lors
d'un reportage diffusé en mars 1998, la chaîne
de télévision ABC confirmait des chiffres
inquiétants puisque officiellement, le quart des
adolescents se drogue et que 50% des drogues
consommées sont fabriquées aux Etats-Unis. Ce
dernier point a soulevé l'inquiétude dans les
milieux de la santé, confirmant le fait que les
Etats-Unis sont devenus l'un des principaux pays producteurs
de drogue. Dans ces conditions, il devrait être
sanctionné par les Nations Unies conformément
aux engagements pris pour lutter contre les
narcotrafiquants. On savait que les Etats-Unis constituent
le principal débouché pour le trafic de drogue
international. On sait désormais, de source
américaine, qu'ils sont un important pays producteur.
Dès lors, les propos moralisateurs de Bill Clinton
à l'égard des pays d'Amérique Latine et
du Mexique notamment, apparaissent mal venus, mais non sans
arrière-pensées politiques.
« Cette révolution du marché de
la drogue aux Etats-Unis inquiètent les responsables
de la lutte antidrogue qui se plaignent du manque de moyens
dont ils disposent de la part de Washington. La drogue
coûte cependant cher aux contribuables
américains puisque, chaque année, 600 millions
de dollars sont dépensés dans des programmes
de désintoxication et de lutte contre la drogue.
Plusieurs études officielles notent que le
Nicaragua est devenu une nouvelle plaque tournante de la
drogue provenant d'Amérique du Sud avant d'être
livrée aux Etats-Unis via le Mexique. L'agence Prensa
Latina estime aussi que, chaque année, 12 tonnes de
cocaïne transitent par le Nicaragua avant de rejoindre
la Floride, citant des sources de la police nicaraguayenne.
Or, le Nicaragua reste un
« allié » sûr de Washington
en Amérique centrale où les Etats-Unis ont
dépensé des millions de dollars pour chasser
les progressistes du pouvoir et mettre en place un
régime dévoué à leurs
intérêts stratégiques. »
COMMERCE EUROPE-CUBA
Carlos Martinez Salmendi, de la Chambre de Commerce de
Cuba, s'explique sur l'évolution des relations
économiques entre l'Europe et Cuba.
« Les pays européens les plus actifs
avec Cuba sont l'Espagne et l'Italie. Mais, depuis le
début des années quatre-vingt-dix, d'autres
pays intensifient leurs relations. Ce sont le France,
l'Angleterre, les pays scandinaves, l'Allemagne, la Belgique
et la Hollande. Agée d'environ 35 ans, la Chambre de
Commerce est une institution dévolue aux
activités de promotion et de services. Elle est
tournée vers les commerciaux cubains mais aussi vers
les entreprises étrangères installées
à Cuba. Depuis peu, elle travaille en collaboration
avec de nombreuses missions économiques et
commerciales et des centaines d'hommes d'affaires venant de
différents pays, à la recherche d'informations
et de soutien dans leurs démarches
financières.
« Il est par ailleurs important de souligner la
reprise économique cubaine, tout comme l'importance
de la XV° Foire internationale qui s'est tenue à
La Havane. la reprise des relations commerciales avec de
nombreux pays étrangers s'inscrit dans la relance de
l'économie nationale.
« La législation sur les investissements
étrangers, sur les zones franches et les zones
industrielles, et sur le système bancaire, a
favorisé le renouveau commercial. Celui-ci s'est
caractérisé par une confiance accrue des
investisseurs étrangers dans le marché cubain
et ce, malgré la loi Helms-Burton.
« Aujourd'hui, Cuba entretient des relations
commerciales avec 3 000 entreprises dans plus de 100
pays. En 1990, le pays ne comptait que 7 « joints
ventures » (sociétés à
capitaux mixtes) dans le secteur du tourisme. Fin 1996, il y
en avait 296 établies dans 34 secteurs de
l'économie. Elles représentaient 40 pays.
« L'Union Européenne représente
298% du commerce extérieur cubain. Cette
réalité des investissements européens
à Cuba nous ouvre des perspectives pour progresser
davantage. Il est évident qu'il nous faut
développer nos relations et nos contacts. Nous avons
commencé à le faire avec une importante
participation européenne à la Foire
internationale de La Havane, à Expocaribe, ainsi que
dans d'autres expositions commerciales. Le renforcement des
liens entre la Chambre de Commerce cubaine et les
institutions européennes s'est traduit par la
signature de 36 accords. C'est pourquoi nous souhaitons voir
davantage d'entrepreneurs européens à Cuba
afin qu'ils puissent toucher du doigt la
réalité cubaine et ses
possibilités.
« Notre Chambre de Commerce est prête
à intervenir pour faciliter le travail des
investisseurs étrangers afin de contribuer au
développement de relations qui nous soient
mutuellement bénéfiques. »
Professeur Garcia
Economiste au Centre d'études de l'économie
cubaine
« La situation actuelle de l'économie
résulte à la fois du blocus américain
et de l'effondrement du bloc des pays socialistes. le
début des années quatre-vingt-dix est
marqué par une évolution avec la chute de la
production, la diminution des capacités de
production, et des problèmes d'emploi. Mais,
notamment depuis 1994, nous assistons à une reprise
économique ou une réactivation qui a permis de
maintenir une croissance du PIB jusqu'en 1996. Le taux de
croissance en cette année 1996 était de
7,8%.
« En 1997, nous avons assisté à
un tassement de la croissance avec un taux de 2,5%. Quel est
le problème ? La croissance de l'économie
cubaine est liée à l'évolution de la
situation sociale du pays, mais aussi en relation avec la
situation dans la production et les services. La relance de
l'économie cubaine exige également un autre
facteur important qui est l'augmentation des importations de
produits de base, et principalement de combustibles, qui
coûtent cher en devises. De sorte que le processus de
récupération économique exige davantage
de l'économie interne.
« Mais nous sommes confrontés à
un autre problème grave. Puisque nous exigeons
davantage de notre production interne, nous devons importer
davantage. Ce faisant, nous aggravons la dette du pays, car
les lignes de crédit qui nous sont accessibles ont
des taux d'intérêt très
élevés. C'est pourquoi nous sommes en
négociation sur le taux de la dette à court
terme. Malgré tout, pour l'année 1997, nous
envisageons un taux de croissance entre 4 et 5%. C'est un
peu moins que nous le pensions. Mais cette réduction
de nos prévisions s'explique par la situation dans
deux secteurs importants de l'économie. C'est d'une
part la production sucrière qui est restée en
deçà des 200 000 tonnes de sucre. De
même, le secteur des agrumes n'a pas atteint les
résultats escomptés. Et d'autre part, le
tourisme, avec un taux de croissance de 18% est resté
inférieur à nos prévisions. De sorte
qu'il existe un ensemble de facteurs qui ont ralenti
l'activité économique en 1997.
« Malgré tout, parvenir à un taux
de croissance économique de 2,5% dans une
économie comme la nôtre, marquée par
l'absence d'accès au marché international, par
un déficit de sa balance des paiements et par un fort
déficit de sa balance commerciale, constitue un
résultat important. Pour l'année 1998, nous
estimons que nous allons gagner entre 1,3 et 1,5% sur
l'année précédente. Nous allons donc
poursuivre une croissance lente mais stable de notre
économie, sans secousses, comme cela a
été le cas par le passé. Pour maintenir
ce cap, nous avons engagé ce que certains appellent
la processus de transformation de l'économie qui nous
a permis d'entreprendre cette phase de
récupération.
« Cependant, des problèmes demeurent
avec, en premier lieu, la guerre économique
menée par les Etats-Unis contre nous. une guerre
économique qui pèse sur notre économie
et qui fixe le cadre de notre progression économique
avec les solutions que nous pouvons apporter à la
crise pour obtenir la croissance de l'économie.
Toutes nos prévisions de développement et de
sortie de crise sont tributaires de cette situation
bloquée.
« L'autre grand problème auquel nous
sommes toujours confrontés reste les très
fortes restrictions de financement de nos projets. Car nous
n'avons pas accès au Fonds Monétaire ni
à la Banque Mondiale. Nous avons une dette qui s'est
accrue depuis 1986. Si je ne me trompe pas, en 1996, la
dette atteignait 1 milliard. Nous avons
renégocié la dette avec le Club de Paris et
d'autres fournisseurs. Mais nous ne sommes pas parvenu
à un accord et donc, nous n'avons pas eu d'autre
solution que de décréter un moratoire. Mais,
dès cet instant, toutes les possibilités de
crédits internationaux se ferment. C'est là
notre problème car si nous voulons accroître
notre production de sucre, nous avons besoin
d'investissements et donc de financements. N'oubliez pas que
l'industrie sucrière emploie un demi million de
personnes et constitue la force motrice de l'économie
qui entraîne d'autres secteurs de l'économie.
Nos principaux acheteurs restent la Russie, la Chine,
l'Ukraine, le Japon et d'autres pays européens. Cela
signifie qu'il existe un marché pour la vente de
notre production sucrière. Cela n'est pas un
problème. Notre problème, c'est de savoir
comment produire dans de telles conditions
financières, et comment accroître notre
production.
« Le manque de financements est un
problème de caractère externe. Mais nous avons
également un problème interne, celui de
l'efficacité économique. Nous avons conclu
à un taux de croissance économique de 2,5%.
Mais dans le même temps, notre consommation de
combustibles s'est accrue de 4,2%. La productivité du
travail a atteint un taux de croissance presque nul, de
0,6%. Nous avons là un sérieux problème
interne.
« Jusqu'en 1989, le manque d'efficacité
économique était compensé par l'aide
extérieure. Mais aujourd'hui, ce
phénomène n'existe plus et c'est à nous
de le résoudre à l'intérieur de notre
économie. Cela signifie poser la question
suivante : comment augmenter la croissance et, dans le
même temps, comment consommer moins ? C'est
pourquoi le dernier Congrès du Parti communiste a mis
l'accent sur la question de l'efficacité.
« Pour certains observateurs, l'économie
cubaine est confrontée à un triple
blocus : le blocus américain, puis le second
blocus avec l'effondrement des pays socialistes et le
troisième blocus avec l'inefficacité. C'est
là un défi très important auquel
l'économie cubaine est aujourd'hui confrontée
et qui nécessite l'effort de tous.
« Cependant, je reste optimiste quant à
l'avenir car le pays a démontré qu'il a pu
surmonter ses difficultés et continuer à aller
de l'avant. Car il existe ici un consensus politique avec
une majorité de la population qui soutient la
Révolution et je pense sincèrement que la
majorité de la population ne veut pas d'un retour au
capitalisme à Cuba, car nous avons connu ses
remèdes. Y compris chez les jeunes, la
Révolution a réussi à s'implanter en
dépit des difficultés économiques. Il
existe aussi des conditions objectives et subjectives qui
montrent que l'on peut résoudre les problèmes
que nous rencontrons. Et de ce point de vue, nous pouvons
être optimistes car le pays progresse. Le pays n'est
pas isolé, avec des relations avec la majorité
de la communauté internationale mais aussi avec de
nombreux amis à l'étranger.
« Et, donc, le pays a pu adopter un ensemble de
mesures de réajustement, dont beaucoup disent
qu'elles sont insuffisantes, mais ce sont des mesures que
notre pays a pu mettre en oeuvre malgré le blocus.
Cela lui a permis d'accéder à un
marché, à d'autres formes de
propriété, et de parvenir à des
transformations de la société. L'autre
problème reste le coût social de cet ensemble
de mesures. La dépénalisation du dollar
constitue aussi un problème puisque, logiquement,
toute personne qui a accès aux dollars dans notre
pays vit dans de meilleures conditions que celui qui n'y a
pas accès. En ce sens, c'est un facteur
d'inégalité sociale dans un pays qui ne
connaissait pas l'inégalité avec la
polarisation de la richesse, ou de la pauvreté.
« A Cuba, une famille avec un revenu mensuel de
100 dollars peut résoudre beaucoup de ses
problèmes afin d'améliorer ses conditions de
vie. Cette situation a provoqué les
différences sociales des derniers temps. Notre pays a
pris la décision de la double circulation
monétaire avec le dollar et le peso, pour justement
éviter les problèmes de trafic et
d'inégalité grandissante entre ceux qui ont
accès aux dollars et les autres salariés. Dans
cette période de crise, le pays n'a pas les
conditions économiques pour établir le type de
change des devises, comme dans les autres pays, afin que
seule la monnaie nationale circule. Et aujourd'hui, nous
avons une économie dollarisée, non seulement
dans les transactions au sein de la population, mais aussi
parce que, sans un fonds de devises, nous ne pouvons
fonctionner. Nous avons besoin de devises pour nos
entreprises afin de pouvoir exporter et importer.
« La dollarisation de l'économie ou la
dualité monétaire se sont produites, car le
pays n'a pas les conditions économiques et ne les
aura pas sans sortir de la crise actuelle, pour pouvoir
établir un change officiel, car actuellement, la
Banque centrale cubaine n'a pas de réserves, ni en or
ni en monnaies fortes. Il existe de nombreuses études
sur ce sujet mais compte tenu des conditions
économiques et financières actuelles, toutes
concluent au fait qu'il n'existe pas d'alternative à
la dualité monétaire.
« C'est un problème en ce sens que notre
monnaie nationale, le peso, n'est pas reconnue sur les
autres marchés. Mais dans le même temps, cela a
permis d'une façon importante de stimuler le
processus de réactivation de l'économie. Nous
savons par exemple qu'en 1997, entre 800 millions et un
milliard de dollars sont entrés dans le pays. Cet
apport financier n'est pas très important en soi,
mais c'est quand même l'équivalent d'une
récolte sucrière. Cela a donc permis à
de nombreuses entreprises de produire davantage, mais aussi
de relancer notre économie et d'exporter davantage.
Par exemple, en 1996, le réseau de magasins où
l'on paie en dollars a permis de recueillir près de
900 millions de dollars. La masse monétaire constitue
donc, pour l'instant, une condition de notre
développement économique puisque notre Banque
centrale ne dispose pas de réserves et donc ne peut
pas mettre en place un système de change officiel et
selon moi, cela va encore durer pas mal de temps.
« Actuellement, nous recherchons notre
réinsertion internationale et dans ces conditions
notre pays doit s'ouvrir aux capitaux étrangers. Mais
ce processus, dirais-je, est un peu différent de ce
qui peut se produire ailleurs. Nous nous associons avec un
capital étranger qui nous permet l'ouverture d'un
marché avec de la technologie et un financement. Par
exemple, à Cuba, il n'existe pas une entreprise
ou un secteur qui soit 100% étranger. Nous
contrôlons toujours la majorité de ces
entreprises mixtes. En ce sens, l'investissement
étranger à Cuba reste un processus
contrôlé qui rejette toute idée de
privatisation. L'investissement étranger
représente de l'argent frais pour l'économie
cubaine et un mécanisme de réactivation d'un
ensemble de productions qui végètent
actuellement, à côté de secteurs qui
vont de l'avant comme le tourisme. Mais si l'on prend les
secteurs de la santé, de l'éducation, mais
aussi de la défense, où l'argent fait
défaut, les investissements étrangers dans
d'autres secteurs comme le tourisme ou les
télécommunications permettent de
dégager des financements qui leur viennent en aide.
pour nous, c'est donc un moyen de développement
économique.
« Si vous regardez le secteur agricole
où la collectivisation et les coopératives ont
permis des progrès sociaux, nous avons
désormais un secteur agricole privé. En ce
sens , le socialisme cubain évolue, non pas sur la
base d'être plus ou moins orthodoxe, mais avec des
réformes quant à la centralisation
accentuée de l'économie et de la planification
rigide que l'on a pu voir en Union Soviétique.
Aujourd'hui, tout cela change à Cuba mais avec la
ferme volonté de maintenir les conquêtes
sociales de la Révolution et de préserver le
système socialiste. Pour cela, nous avons besoin de
diversifier notre économie avec, bien sûr, la
propriété d'Etat des entreprises, qui restent
majoritaires, mais aussi un nombre croissant d'entreprises
mixtes avec des capitaux étrangers. Il existe aussi
des coopératives agricoles qui ne sont pas totalement
contrôlées par l'Etat.
« Il existe aussi plus de 100 000
exploitations agricoles privées et de nombreux
travailleurs indépendants dans les villes. C'est
pourquoi la notion de propriété évolue
et se diversifie. Cette évolution dans le cadre d'un
système socialiste caractérise le socialisme
cubain aujourd'hui. En ce sens, le socialisme cubain se
forge sa propre identité à partir de sa propre
expérience. L'économie évolue et se
positionne face aux pressions américaines mais le
système politique et le système
électoral qui ont permis les avancées sociales
et démocratiques demeurent.
« Je voudrais revenir sur une question souvent
abordée par les étrangers, à
savoir : les Cubains paient-ils des impôts ?
La réponse est simple. Tout Cubain qui perçoit
un revenu autre que son salaire paie des impôts. Par
exemple, je suis professeur avec un salaire. Mais chez moi,
j'effectue des travaux qui me rapportent de l'argent. Eh
bien, je serai taxé sur ce revenu
supplémentaire.
« Jusqu'à une période
récente, le mot impôt était inconnu de
la population. Les services comme l'eau, le gaz ou
l'électricité sont payants. Mais les
écrivains, les artistes ou tout revenu lié
à une activité tournée vers
l'étranger sont soumis à
l'impôt. »
L'IMPOSITION
Taux de l'imposition sur les revenus
|
|
Sur revenus en pesos
|
|
Sur revenus en dollards
|
|
1 à 3000
|
5 %
|
1 à 2400
|
10 %
|
|
3001 à 6000
|
10 %
|
2401 à 6000
|
15 %
|
|
6001 à 12000
|
15 %
|
6001 à 9600
|
15 %
|
|
12001 à 18000
|
20 %
|
9601 à 13200
|
20 %
|
|
18001 à 24000
|
25 %
|
13201 à 18000
|
25 %
|
|
24001 à 36000
|
30 %
|
18001 à 24000
|
30 %
|
|
36001 à 48000
|
35 %
|
24001 à 36000
|
35 %
|
|
48001 à 60000
|
40 %
|
36001 à 48000
|
40 %
|
|
Plus de 60000
|
50 %
|
48001 à 60000
|
45 %
|
|
|
|
Plus de 60000
|
50 %
|
La loi de 1973 a créé onze
différents types d'imposition dont un impôt sur
les entreprises, sur les personnes, sur les ventes. Les
revenus qui s'élèvent à plus de
60 000 dollars par an seront taxés à 50%.
Ce qui a scandalisé les observateurs politiques
américains.
L'impôt sur les revenus est progressif, passant de
10% à 50% et doit être payé par tous les
Cubains, y compris ceux qui vivent à
l'étranger, mais aussi par les étrangers qui
résident plus de 180 jours par an à Cuba.
L'impôt doit être payé le 1° mars
de l'année suivante et sera payé soit en pesos
soit en devises.
Les Cubains qui louent à des étrangers
doivent payer en devises.
Jusqu'à présent les dons versés
depuis l'étranger et les retraites ne sont pas soumis
à l'impôt. En pratique, seuls les Cubains ayant
accès aux devises comme revenus, les travailleurs
indépendants, les loueurs d'appartements, les
restaurateurs privés de même que les sportifs
ou les artistes sont soumis à l'impôt. celui-ci
a pris effet le 1°octobre 1994 mais son application a
été graduelle.
Il existe par ailleurs une taxe sur certains biens de
consommation tels que les alcools, les cigarettes, le tabac,
l'essence, les voitures, les camions, mais aussi sur les
produits de luxe.
En 1996, environ 65% des revenus fiscaux de l'Etat
provenaient des taxes à la consommation,
principalement le tabac et l'alcool. En 1995, le chiffre
était de 75%. La législation a aussi
imposé une taxation sur les téléphoners
publics, les fax, l'électricité, l'eau, les
transports, les restaurants, le logement et les
divertissements.
Les héritages sont désormais taxés
tout comme les propriétés. Les documents
officiels tels que les certificats de naissance, de mariage
ou de décès coûtent 5 pesos. Un
passeport coûte 80 pesos. Un certificat pour vivre
à l'étranger est désormais
facturé 80 dollars.
A
suivre.........
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